Validation du graphisme : mieux gérer les refus du client
Lorsqu’un designer livre ou présente ses premières propositions graphiques, celles-ci sont rarement acceptées sans commentaires et sans questionnements. Ces itérations sont plutôt saines, elles permettent de faire adopter les visuels proposés, de les corriger ou d’orienter la conception des futures compositions si nécessaire. On est bien là dans un processus itératif constructif.
Mais parfois le client refuse de valider les propositions graphiques en invoquant des raisons jugées irrecevables ou incompréhensibles par le prestataire. Cette situation est bien souvent subie, mal vécue, et peut potentiellement devenir dangereuse pour le projet : comment un prestataire peut-il envisager d’avancer dans la conception s’il ne comprend pas les requêtes ou la position du client ? Comment un designer peut-il envisager la conception de nouvelles propositions graphiques sans savoir ce qui ne convenait pas dans les premières propositions ?
Cette situation révèle juste une communication dégradée, des non-dits entre le client et le prestataire. Une phase de validation du design mal maitrisée peut faire totalement déraper un budget ou faire exploser les délais d’une mission. On imagine aussi l’impact de ce genre de dérapages sur les hommes. Lorsque cela se présente, il faut d’urgence rattraper le coup : Retrouver une relation-client plus riche afin de mieux comprendre, analyser, voire traduire les raisons invoquées par le client pour justifier son refus. Cette démarche est un premier pas pour avancer dans le bon sens, et c’est notre sujet du jour.
Mais pourquoi ne veulent-ils pas de ma compo ?
Vous vous en êtes surement rendu compte, les raisons invoquées par les clients pour justifier l’invalidation des propositions graphiques sont invariablement les mêmes. Je vous propose de commencer par les lister (les raisons). Avec cette liste vous disposerez déjà d’un premier support pour décrypter les réelles motivations de vos clients. Je vais aussi tenter pour chacune d’entre elles d’émettre des recommandations (sans prétention hein, ça reste un article de blog) sur la meilleure façon de gérer ces refus.
La prochaine fois que vos compositions graphiques vous reviendront dans les dents, ce petit article vous aidera peut-être à rationnaliser la situation pour réagir de façon adaptée. C’est l’objectif visé.
Voici la liste …
1. Les raisons subjectives
C’est la plus fréquente des configurations et certainement la plus éprouvante pour les créatifs juniors : les compositions livrées sont conformes aux recommandations du cahier des charges, mais le client bloque sur des considérations subjectives.
Soyons clairs, ce qui va vous permettre de sortir de cette situation, c’est la qualité de votre communication avec le client, votre aisance à expliquer l’aspect nuisible de la subjectivité sur le projet, et votre force de persuasion. Il vous faudra aussi compter sur l’ouverture du client et sa capacité à remettre en cause ses certitudes pour le bien du projet.
Dans cette situation, tentez de faire comprendre au client que son avis ne regarde que lui, et pas forcement ses utilisateurs. N’insistez pas trop : Tous ceux qui ont déjà tenté de faire valider une interface bleue à quelqu’un qui « n’aime pas le bleu » savent que c’est en général perdu d’avance. Oui, étonnement les personnes qui expriment le plus leur subjectivité dans l’évaluation d’un visuel sont aussi celles qui restent les plus ancrées sur leurs positions. Tout cela est certainement régit par une loi universelle immuable.
Si vous n’êtes vraiment pas à l’aise dans ce genre de situation, sachez qu’il existe de nombreux outils et techniques de communication, de négociation, de gestion de clientèle ou « d’affirmation de soi » conçus justement pour mieux gérer les transactions de ce type. Je ne développe pas plus, ça n’est pas le propos du jour. Dans un premier temps je vous suggère de concentrer votre énergie dans la négociation d’un budget supplémentaire pour réaliser d’autres propositions graphiques.
2. Le contenu de la compo est erroné
Les propositions graphiques livrées ne reprennent pas le contenu spécifié dans les wireframes ou le cahier des charges. Il y manque des éléments, ou les éléments présents ne sont pas conformes à ce qui était convenu en amont. A priori, l’erreur incombe au graphiste. Dans ce cas, il est tout à fait logique que la composition graphique ne soit pas validée et le prestataire doit assumer son erreur en corrigeant son travail. Ici je conseille au graphiste de tout faire pour conserver la confiance du client.
3. La vision graphique du projet n’a pas été transmise au client
Parfois le directeur artistique ou le designer n’a pas su, ou n’a pas eu l’occasion d’expliquer sa démarche de conception et sa vision graphique du projet au client avant la livraison des compositions.
Si la démarche est expliquée à postériori, et si elle est pertinente, les compositions seront validées en l’état. On ne soulignera jamais assez l’importance d’accompagner la livraison des compositions graphiques par une explication de la démarche de création.
4. Les contraintes techniques du projet n’ont pas été prises en compte
Ici le designer a produit une composition graphique sans tenir compte des contraintes techniques inhérentes aux technologies employées ou au média auquel elles sont destinées (Ex : Il a livré des compositions CMJN pour du web, ou il a produit des compositions graphiques qui demanderont aux intégrateurs des contorsions telles que la qualité finale des gabarits en pâtira).
La plupart du temps, cette situation est symptomatique de deux erreurs corollaires : on a fait une erreur de casting en choisissant un designer qui n’était pas coutumier des technologies en cours, ou on a fait suivre au designer un Cahier des Charges trop exhaustif. Rayer la mention inutile.
Il ne s’agit pas ici de trouver un responsable, mais d’envisager des pistes pour orienter le design des futures propositions graphiques. On peut par exemple :
- Mettre un designer plus spécialisé dans la technologie ou l’environnement technique.
- Briefer le designer sur les contraintes techniques en rédigeant la liste des contraintes à respecter.
- Former le designer au contexte technique.
- L’encadrer d’un senior ou le rapprocher d’un technicien (intégrateur ou développeur).
5. Les compositions ne traduisent pas la stratégie de communication ou le positionnement client
Votre client est une banque corporate, et vous lui livrez une interface lookée comme le site de La Vache qui rit. Vous manquez de discernement. Lorsque les thèmes visuels abordés dans les compositions ne sont pas en accord avec le positionnement souhaité par le client, la sanction est en général immédiate. Ici, on peut imaginer aussi que le graphiste n’a pas suivi, ou a mal interprété les règles visuelles dictées dans la charte graphique du client, et qu’il n’en a pas respecté les codes. Évidemment, ce motif de refus n’est invocable que lorsque le client a une stratégie de communication claire, et qu’il l’a fait suivre en amont.
Ce genre de considérations demande pas mal d’itérations, car la traduction en données visuelles de la stratégie de communication du client donne forcement lieu à des interprétations graphiques. Lorsque cela se présente, faites attention de ne pas laisser glisser les itérations vers des considérations subjectives. (Voir point 1).
6. L’invalidation comme outil de négociation
J’ai déjà vu des clients dénigrer sciemment le travail de graphistes pour les déstabiliser lors de négociations budgétaires. Ici, même si les propositions graphiques sont conformes à la commande, dévaloriser et ne pas valider le travail du prestataire le placera dans une position psychologique fragilisée.
Plus l’invalidation des compositions semble injustifiée et irrationnelle, plus le graphiste sera inconsciemment contraint de réagir avec ses émotions. Le discernement d’une personne submergée par les émotions est inhibé, et la charge émotionnelle qui l’assaille ne s’apaisera que si elle cède. C’est une méthode de négociation à l’éthique discutable, mais encore très utilisée par certains, en particulier lorsqu’ils sentent l’inexpérience du prestataire en matière de négociation.
Dans le cadre d’une négociation, un prestataire aguerri décèlera toujours les leviers émotionnels utilisés par l’autre partie. Il faut aussi toujours réagir de façon rationnelle et adulte face à l’utilisation de ces leviers.
7. Invalidation en raison de conflit personnel
J’ai vu aussi des conflits de personnes entre le client et le prestataire, ces situations où la ressource responsable de la validation des visuels mettait un point d’honneur à ne pas valider les compositions du prestataire avec qui il avait un conflit personnel.
Là honnêtement, à part inviter les personnes concernées à plus de professionnalisme, sortir l’artillerie lourde des techniques de gestion de crise, ou les écarter du projet si ça ne s’arrange pas, on ne peut pas faire grand-chose.
8. Il y a des luttes de pouvoir en interne chez le client
La phase de validation du design est un catalyseur d’émotions, voilà une belle occasion à saisir pour les ressources-client qui souhaitent faire ressortir les luttes intestines entre leurs services. Vous n’avez jamais travaillé avec le public ?
Je repense à ce merveilleux projet où la DSI d’une municipalité mettait un point d’honneur à ne pas valider le contenu souhaité par le service communication, et où le service communication aurait préféré brûler la ville plutôt que de valider des compositions commanditées par la DSI. Ceux qui au final subissent les dommages collatéraux dans ce genre de situation, ce sont les prestataires externes. Ici vos compos ne seront peut être jamais validées, mais je vous rassure, vous n’y êtes pour rien.
9. Les besoins du client ont changés
Bon, là, les compositions ne seront logiquement pas validées. Les besoins du client ont évolué alors que simultanément, la conception des compositions graphiques était entamée et n’a pas été stoppée. Le client expose ses nouveaux besoins, ils rendent obsolètes les compositions en cours de validation. Dans ce cas la responsabilité du designer n’est pas engagée.
J’invite les créatifs à bien déceler cette situation, car certains clients préfèrent invoquer ici d’éventuelles fautes commises par le designer pour faire retoucher gratuitement les livrables en tentant d’y intégrer les modifications dont ils ont besoin. Bienvenue dans le royaume de la mauvaise foi. On est là dans une négociation fonctionnelle et budgétaire qui ne regarde pas forcement les graphistes. Ce genre de situation relève de la gestion de projet, pas du design.
Déculpabilisons les créatifs !
Le processus créatif sollicite les émotions, c’est un engagement éprouvant, on teste de multiples solutions visuelles, on calibre au pixel prêt, on passe des heures, voire des jours sur une composition graphique. L’investissement n’est plus personnel, il est viscéral.
Le drame des designers, c’est que leur travail est évalué en 1 seconde par la subjectivité du client. Je force un peu la caricature, mais l’idée est là.
Aussi, parce que l’investissement émotionnel est omniprésent chez les créatifs, et bien que ce soit inapproprié, il est difficile pour eux de faire la part des choses entre une critique conditionnelle ou inconditionnelle (adressée à leur travail ou à leur personne).
Alors s’il faut les déculpabiliser un peu, j’invite les designers à relire cet article de temps en temps. Si vous êtes vous même designer, soyez assuré que votre responsabilité n’est que rarement engagée quand l’une de vos compositions n’est pas validée… si si, relisez la liste ci-dessus pour vous en convaincre !
Et vous, comment réagissez-vous face au rejet de vos compositions graphiques ?
1. Le vendredi 20 novembre 2009 à 18h19, par pixenjoy
Excellente analyse Laurent.
Prendre conscience qu’il y a une part de psychologie et d’émotionnelle dans cette problématique me parait très important.
Personnellement, le cas 1- « subjectivité » est celui que je rencontre le plus souvent. D’ailleurs les clients qui jugent le travail des designer de façon subjective sont souvent ceux qui n’ont pas de véritable stratégie de communication ou de positionnement. On peu d’ailleurs s’en rendre compte très vite lors du brief créatif. Plus le client est évasif sur son positionnement, plus cela traduit un manque de stratégie de communication.
2. Le vendredi 20 novembre 2009 à 19h07, par Laurent DEMONTIERS
Oui, 100% d’accord. En fait la gestion de projet, la gestion de clientèle, la présentation de visuels sont des extensions forcées de nos rapports humains.
Je ne sais pas ce que tu en penses mais je regrette que les étudiants ne soient pas plus sensibilisés à ça dans les écoles de Design.
Savoir exprimer une idée c’est bien, mais travailler sa force de persuasion pour la faire adopté, c’est encore mieux.
3. Le vendredi 20 novembre 2009 à 20h49, par Jean-Yves Belgiglio
Bonjour Laurent,
Je n’ai pour ma part essuyé que très rarement des refus pour des raisons subjectives. Je ne saurai dire pourquoi, mais si effectivement cela est dû à un défaut de stratégie de comm de la part du client, je pense que tout doit se jouer pendant les réunions. Il ne me viendrait jamais à l’idée de simplement executer une prestation sur un cahier des charges incomplet, ou évasif, sans réelles problématiques exposées. Quand ça m’arrive, il FAUT que j’en discute avec mon client, c’est essentiel. Et souvent, les questions que je lui pose l’amène à réfléchir sur des points qu’il n’avais pas forcément pensé au départ.
Une fois fait, chacune de mes propositions (motivées) mettent en exergue un des critères essentiels qui respectent sa stratégie (sans omettre évidemment les autres critères, à condition que cela reste harmonieux à représenter graphiquement), avec également une autre proposition qui présente un compromis de tous ces critères.
Maintenant, évidemment, ça ne veut pas dire qu’à chaque fois, tout est validé de but en blanc. Il y a fatalement des modifications, basées sur des critères subjectifs, qui s’enchainent, et ce, très souvent. Et je les exécute si j’estime que cela n’aura aucun impact sur la créa. Dans le cas contraire, je n’hésite pas à conseiller. Mais cela reste toujours dans le cadre de mes propositions initiales.
4. Le vendredi 20 novembre 2009 à 23h57, par TheBigHunt
Bonsoir
Je découvre avec plaisir ce blog qui traite de nombreux sujets touchant NOTRE profession de Designer Web ou DA…
J’ai été souvent confronté à une forme de mécontentement de la part de certains de mes clients. Et souvent, une de mes premières réactions a été d’aller dans le sens du client tout en sachant très bien que ce dont il avait envie ne correspondait pas aux attentes de la cibles.
En fait, le design et les créations en règle générale sont percues les 3/4 du temps de manière subjectives si elles ne sont pas fortement appuyées par des argumentaires cohérents avec une stratégie, une cible, etc…
Le simple fait de poser la question au client « Ca vous plait » met les créateur dans une position instable. Je parle de mon expérience… Or, « Imposer » une création en argumentant sur des éléments factuels (les jeunes 13-15 ans sont plus sensibles à telles ou telles formes, couleurs… etc…) donne plus de crédibilité au travail.
Par ailleurs, le travail préliminaire (justement essentiel) sur la stratégie, l’étude des cibles et de leurs besoins, etc… est trop souvent négligé… pour des raisons budgétaires !
Au final, le client ne devrait pas choisir une créa (trop subjectif, trop d’affect) mais un argumentaire et ne découvrir sa bonne mise en application qu’après l’exposé !
Un peu extrème comme vision mais bon, j’essaye de me soigner !
TBH
5. Le samedi 21 novembre 2009 à 23h36, par TheBigHunt
Juste un petit commentaire supplémentaire…
Il y a aussi la validation … puis la remise en cause !
« La président n’a pas aimé » alors que les compos sont pseudo validées depuis des lustres…
TBH
6. Le dimanche 22 novembre 2009 à 13h20, par Jacques Bodin-Hullin
Très bon article Laurent, comme d’habitude.
Le seul point où je peux réagir est le 4ème.
Un client qui refuse une compo car elle ne respecte pas les contraintes techniques du projet a raison, il n’y a pas à tortiller.
Cependant la « faute » peut retomber sur le créatif comme sur le client… Sur le créatif s’il a dit qu’il était apte à réaliser une composition dans le domaine technique concerné (prenons l’exemple du web) et/ou sur le client si celui-ci a sciemment pris un designer qui n’avait pas ou trop peu d’expérience dans le domaine.
La solution qui reste la plus réaliste dans celles que tu proposes est la première.
Le former, l’encadrer, ou encore lui donner des directives plus strictes serait une perte de temps et de moyens pour le client.
C’est au créatif de se former sur les technologies qui l’intéressent, il ne doit pas attendre d’avoir une mission.
De plus, le fait d’avoir un Cahier des Charges incomplet implique de fortes chances pour que le rendu final soit compromis, mais l’inverse n’est pas forcément vrai. Il existe tellement de contraintes non modélisables, que même avec un Cahier des Charges en béton un designer non expérimenté arrivera à faire une créa qui lui vaudra un refus du client.
7. Le dimanche 22 novembre 2009 à 22h45, par Jean-Yves Belgiglio
Tout à fait d’accord, d’où l’importance de la réunion (ou de l’entretien téléphonique) je pense. Le cahier des charges est un document de synthèse, ça ne remplacera pas une conversation riche, avec des prises de notes, une bonne entente et des objectifs clairs.
Certains besoins ne peuvent pas être complètement compris rien qu’en lisant quelques lignes d’un cahier des des charges, même béton.
8. Le lundi 23 novembre 2009 à 15h44, par Laurent DEMONTIERS
@Jean-Yves Belgiglio oui clairement l’évaluation subjective des compos est une plaie inévitable. Je suis étonné que tu n’y soit pas plus confronté. Encore un fois pour ce débarrasser de ces critères subjectifs, il faut acquérir la confiance du client. Ca se fait en rationalisant ses processus créatifs, et en offrant des résultats tangibles. Nous sommes quand même parties prenantes d’une chaine économique. Personnellement, j’ai prit l’habitude de recadrer les conversations qui dérivent vers le subjectif ou d’expliquer la réelle plus value de mon travail aux clients qui considèrent mal mon apport sur le projet. Après, je sais bien que tout cela s’acquière avec le temps et l’expérience.
@TheBigHunt : Le simple fait de demander au client : « Ça vous plait ? », met les créateur dans une position instable. Je suis 100% d’accord avec toi. Si on fait ça, on invite le client à répondre avec ses émotions alors qu’il faut tout faire pour le tirer vers le rationnel. A la limite, l’objectif d’un visuel n’est pas de plaire, c’est d’être efficace dans le contexte donné. A ce sujet je suis même déjà tombé sur des témoignages de DA à qui ont demandait volontairement de créer des pages graphiquement imbuvables, parce qu’elles amélioraient le taux de transfert de sites e-commerce. Je en citerai pas de nom pour ne vexer personne, mais certaines gros vendeurs en ligne avec en positionnement discount ont perdus de l’argent avec des refontes graphiques identifiées comme luxueuses par leurs visiteurs. Ça influençait la perception des prix des produits, et leur clientèle ne s’y retrouvait plus.
@Jacques Bodin-Hullin Encore une fois merci pour cette intervention pertinente. Tout ce qui peut déculpabiliser le prestataire est bon à prendre ! :-)
Pour ce qui est de la formation des créatifs, je ne te contredirai pas évidement. Ce dont on parle là, les étudiants y seront confronté à la sortie de l’école.
9. Le lundi 23 novembre 2009 à 21h21, par Olivier Beining
Effectivement, le fait de demander si ça plait au client on tombe directement dans le subjectif avec les travers décrits ci dessus.
Une proposition ne doit pas « plaire » (dans le sens large hein), mais correspondre au besoin (que le client lui même à parfois bien du mal à définir ou à cerner) et c’est bien pour cela qu’il fait appel à des professionnels.
Pour ma part j’ai eu une seule fois le cas d’un design totalement rejeté par le client d’une agence qui me l’avait confié. Ce genre d’expérience est formatrice bien qu’extrêmement lourde à gérer d’un point de vue personnel. Une remise en question profonde en a découlé et après analyse, je me suis rendu compte que bien que l’agence m’avait donné un brief aussi léger qu’une feuille de papier calque ( »euh c’est open, tu fais un truc dans ce style »), au final c’était moi le responsable de l’échec.
En tant que professionnel c’est à moi de demander les outils et éléments nécessaires pour cerner le besoin et faire un travail conforme. Ce que je fais systématiquement depuis. Je n’avais pas expliqué ma proposition non plus, donc pas donné les armes au DA pour défendre la propale.
En conclusion ça arrive une fois par manque d’expérience, mais ensuite on se fait des process, ce qui facilite grandement les choses.
Évidemment on est jamais à l’abri de tomber à côté, mais ça viens vraiment souvent d’un manque de compréhension du projet, d’un manque d’information.
Ca peut paraitre bateau mais dans la com’ ben faut communiquer ^^
10. Le lundi 7 décembre 2009 à 12h17, par crazyball
Vraiment bon article résumant tout plutôt fidèlement. Je ne suis pas encore face a de telles situations mais rencontre déjà des soucis de mauvaise fois : un module dont le cahier des charges a été complètement réalisé, validé par le client est codé. A peine livré la mauvaise fois entre en jeux : « non je n’ai pas demandé ca … etc etc … » et nous demande en gros l’opposé de ce qu’il a validé les jours précédents.
La communication a encore de beaux jours devant elle.
11. Le lundi 7 décembre 2009 à 12h50, par Laurent DEMONTIERS
@Olivier Beining : Dans l’expérience que tu relates, l’agence à aussi sa part de responsabilité. C’est son rôle de fournir le brief et le Cahier des Charges de la mission au créatif.
« euh c’est open, tu fais un truc dans ce style « , c’est quand même le degré zéro du brief graphique. C’est étonnant de la part de professionnels de la communication en ligne.
Quand je dis qu’il faut déculpabiliser les créatifs, c’est aussi un travail qui les concerne. tu devrais tout de même relativiser ta responsabilité dans l’échec de cette mission.
@crazyball : La mauvaise foi est un puissant levier de négociation. Tu y seras confronté durant toute ta vie d’indé. La meilleure façon de gérer ce genre de situations c’est encore de savoir s’affirmer : Connaitre ses intérêts et savoir les défendre, se faire respecter de ses interlocuteurs, faire valoir ses compétences et les faire reconnaitre. Pour ce dernier point, les situations de négociations sont très importantes. Si elles sont difficiles à gérer, elles permettent de se positionner comme un prestataire compétent aux yeux du client et d’augmenter son « capital crédibilité ». C’est indispensable pour les designers juniors.
J’aurai quelques outils à proposer aux juniors pour mieux s’affirmer devant leurs clients. Je me demande si je ne vais pas prochainement sortir un peu de ma ligne éditoriale habituelle pour aborder le sujet de l’affirmation et des techniques de négo. Est-ce que ça intéresse du monde?
12. Le mardi 8 décembre 2009 à 14h44, par creartwork
Bonjour,
Je viens de connaitre ton blog grâce au blog Vectorfabrik de Patrick Padeau que je consulte occasionnellement,
et je dois dire que je suis impressionné par la qualité rédactionnel de tes articles.
Ton blog est une mine d’information pratique, merci à toi de nous donner de ton temps et de ton expérience.
Concernant ta dernière question sur la réalisation d’un article sur l’affirmation et les techniques de négociation pour les graphiste junior, je suis preneur.
Encore merci à toi et bonne continuation pour ton blog.
Cordialement Greg.
13. Le vendredi 8 janvier 2010 à 10h25, par Georges@bitbol
Très bonne analyse des problèmes rencontrés lors d’un proposition graphique. Cela peut très facilement se rapporter à toute autre validation suite à une conception du prestataire.
Je pense que les raisons subjectives — ou plutôt leurs fréquences — dépendent énormément du type de client : Porteur de projet solitaire peu expérimenté dans le web, porteurs de projet avec une forte expérience et compatibilité dans les domaines de la communication, du design et des nouvelles technologies, grosse PME, Mairie ou institution où on peut avoir l’impression que tous les habitants donnent leur avis et il devient impossible d’avoir un interlocuteur unique regroupant les demandes…
14. Le mardi 9 mars 2010 à 17h34, par Guillaume
Bonne analyse !
De mon point de vue de webdesigner, je préfère encore voir une maquette rejetée en bloc plutôt que le syndrome du « c’est génial ! Mais si tu faisais plutôt comme ça… », qui conduit souvent à des chartes graphiques dénaturées et bancales. Voir une créa cohérente et réfléchie complètement saccagée à coup d’argument tels que « les bords arrondis et les dégradés c’est fun » ou bien « mais nos concurrents ont mis du jaune poussin, on doit faire pareil » est au final bien plus traumatisant qu’un rejet pur et simple, à mon humble avis.
15. Le mardi 9 mars 2010 à 17h57, par Laurent DEMONTIERS
@Georges@bitbol > J’ajouterai que le degré d’implication du client affecte aussi directement la qualité de la relation prestataire-client. Un client qui ne s’implique pas risque de se retourner contre le prestataire à la fin du projet qu’il découvre, et un client qui s’implique trop sans faire confiance au prestataire est un véritable cauchemar.
Idéalement, il faudrait identifier les profils à problèmes avant de s’engager avec eux.
@Guillaume > Dans tous les cas, la maquette n’est pas validée. Le mieux, c’est quand même lorsqu’elle est validée :-) Le fameux saccage de la compo par le client, c’est effectivement un cas d’école, mais ça se gère aussi assez facilement je trouve.
16. Le vendredi 19 novembre 2010 à 00h33, par Damien Tailhades
Superbe article ! Merci de nous déculpabiliser !
Il est vrai que la charge émotionnelle mise dans les premières créa du webdesigner junior est très importante. Il ne faut pas oublier que c’est un métier de passionné. Avec l’expérience le graphiste doit prendre un peu de distance sur son travail. Il doit apprendre à ne pas trop s’impliquer dans sa créa et garder un oeil de professionnel de la communication, c’est-à-dire donner du sens à sa créa et cela aide pour avoir des arguments.
Je suis webdesigner depuis plus de cinq ans en agence et je dois dire qu’il m’arrive encore souvent de travailler sur des projets qui dérivent sur le plan graphique. Et c’est toujours parce que le client utilise le « j’aime, j’aime pas ». C’est aussi parce que la créa n’a pas été défendue. Je pense qu’il faut vraiment discuter/argumenter avec le client et les équipes du projet, discuter c’est la base et ça peut rattraper beaucoup de situation.
Article déculpabilisant donc, car je peux (enfin) lire que je ne suis pas le seul à avoir des projets difficiles ! ;)
Encore merci !
Sinon un article sur le sujet de l’affirmation et les techniques de négo serait vraiment le top !
17. Le vendredi 19 novembre 2010 à 00h53, par Laurent DEMONTIERS
@Damien Tailhades> merci pour ton message encourageant. Pour les articles sur la négo, j’en ai commencé qq uns mais rien d’abouti pour l’instant. Il va falloir être patient car j’ai peu de temps :-)