Annonceurs, ne négligez pas les besoins de votre projet en images-sources !
Ça y est, je lève le nez après 6 semaines de travail acharné. Cette moyenne de 80h de travail hebdomadaire, ne m’a pas permis de consacrer du temps à la rédaction d’articles. Ça s’arrangera dans le mois à venir.
J’ai une petite heure devant moi, et j’en profite pour destiner cet article à mes amis annonceurs en abordant un sujet bien connu des designers web parce qu’il conditionne souvent le rendu de leurs productions : la qualité des sources fournies sur un projet, et en particulier la qualité des banques d’images mises à leur disposition (ou pas).
Beaucoup d’annonceurs négligent voire occultent totalement leurs besoins en termes d’images-sources :
- Quel graphiste n’a jamais reçu un audacieux (auto-)entrepreneurs souhaitant se lancer dans le e-commerce sans avoir pensé au budget photo nécessaire pour présenter son stock ?
- Quel graphiste n’a jamais entendu un client lui dire « j’adore votre portfolio, et je voudrais la même qualité graphique pour mon site » ?
Soyons réalistes : un portfolio à pour unique objectif de ne présenter que le meilleur de la production visuelle d’un graphiste, et celui-ci a souvent passé plusieurs mois à concevoir et retoucher l’habillage de sa propre interface. Les studios de créa sont eux aussi tenus d’être très démonstratifs sur leurs compétences graphiques et investissent légitimement des dizaines de milliers d’euros dans les visuels qui habillent leurs sites. Évidemment ces sites sont plaisants à voir mais de façon réaliste vous ne pourrez pas obtenir la même qualité graphique sans le budget adéquat. Oubliez ces sites et basez-vous sur des modèles plus adaptés à votre contexte.
D’autres annonceurs sous-estiment l’importance de la qualité des images sources. Les graphistes sont aussi trop souvent contraints par la qualité médiocre des images sources qu’on leur fournit pour travailler.
Chers amis annonceurs, réservez vos photos personnelles à votre cadre privé. Les photos prises par votre neveu ou par Robert du service compta (rayer la mention inutile) dévoué à cette tache parce qu’il a acheté le dernier Nikon seront probablement plus une contrainte qu’une aide pour le graphiste qui habillera votre interface.
Je parle en connaissance de cause : pour un graphiste, travailler avec des images pourries c’est une contrainte extrêmement lourde. Vous ne demanderiez pas à un pilote de gagner les 24h du Mans avec une mobylette, alors ne demandez à un graphiste de vous créer une interface graphiquement acceptable à base d’images pourries ou qui présentent des traitements visuel totalement incohérents. Il faut vous donner les moyens de votre ambition.
Les images-sources, ce sont les ingrédients de base d’une composition graphique. Même le meilleur cuisinier du monde ne réussira pas un bon plat avec des ingrédients périmés depuis 3 ans. En tant que prestataire, il m’est déjà arrivé de décliner un projet parce que j’estimais les budgets alloués aux images sources beaucoup trop bas pour son contexte. Je ne sais pas pour vous, mais moi en tant que professionnel je ne m’engage pas à réaliser un travail dont je sais par avance qu’il ne contentera personne, ni l’annonceur, ni les utilisateurs, ni l’agence, ni moi.
Comment définir vos besoins en termes d’images-sources ?
Pour moi les besoins clients en terme d’images sont à définir très en amont dans le projet, parfois même avant la signature du contrat. C’est important pour l’annonceur s’il souhaite connaître le montant global de son investissement, et c’est important pour le prestataire qui doit définir la nature de sa prestation et la chiffrer.
Même si vous n’êtes pas graphiste, et que vous estimez (légitimement) ne pas devoir rentrer dans les considérations graphiques de votre projet, vous devrez vous renseigner sur l’investissement que ces sources représentent. Cet investissement est très variable, il peut s’étaler sur plusieurs années. Autant s’en rendre compte tout de suite.
Les besoins d’un projet en termes de banques d’images-sources dépendent grandement de la direction artistique. Imaginer un univers visuel très immersif qui demande la production d’illustrations dédiées et exclusives demande un investissement financier important. Croyez-moi, le sur-mesure en design, c’est un vrai luxe.
D’autres projets peuvent demander moins de sources, moins d’images ou un travail moins important sur ces illustrations d’habillage. En fonction du niveau d’exclusivité requit pour un projet, on peut par exemple substituer la production d’illustrations dédiées à la recherche de photos ou d’illustrations dans des banques d’images payantes. Il en existe pour tous les budgets.
En bref :
- Entendez-vous avec le Directeur Artistique ou le graphiste qui imaginera le design de votre interface sur les grandes lignes de l’univers graphique à concevoir. C’est à faire évidemment avant la production des compositions graphiques.
- Formalisez en fonction de votre budget le ou les moyens de fourniture des images-source. S’il faut que votre prestataire fournisse des visuels ou si vous les amenez vous-même, le prix de la prestation ne sera pas le même. C’est durant cette phase itérative que vous définirez avec lui si votre projet requiert la conception d’une banque d’image dédiée et exclusive.
- Définissez avec le Directeur Artistique s’il faudra faire appel à un illustrateur, à un icôniste ou à un photographe tiers pour constituer votre banques d’images (et éventuellement, lequel).
- Si vous disposez déjà de banques d’images, mais si celles-ci requièrent beaucoup de retouches, c’est aussi à considérer dans la nature de votre demande.
- Enfin, entendez-vous avec le graphiste sur le niveau de qualité attendu pour votre projet. Il vous aidera à exprimer, à définir ces besoins et les dégradera harmonieusement avec votre accord au regard de votre budget. La réalité des projets se passe souvent comme ça : la bonne pratique de conception consiste à confronter les besoins du projet avec le budget alloué aux sources. Le designer à un rôle important à jouer dans cette phase de négociation parce qu’il est le plus habilité à estimer les besoins du projet en terme d’imagerie.
A suivre…
Voilà, j’en termine avec la première partie de cet article en espérant avoir convaincu les plus réfractaires de l’importance d’un budget adéquat pour la constitution d’une imagerie digne de ce nom souvent indispensable à beaucoup de projets web.
Bon, il faut que j’apprenne à synthétiser plus mes pensées pour réduire mes temps de rédaction:-). Le sujet des images –sources est vaste et il tient une place importante dans les processus de conception web mais je ne tiens pas à y passer la soirée.
Je poursuivrai sur cette thématique demain avec un autre article « Piocher dans les catalogues des éditeurs d’image. Une solution acceptable ? »
A demain
1. Le vendredi 2 avril 2010 à 18h51, par Steven
Très bon article comme d’habitude. Heureusement il existe des banques d’images à faible coût qui permet pour des petits projets d’avoir quand même des résultats satisfaisants.
2. Le vendredi 2 avril 2010 à 18h54, par Laurent DEMONTIERS
@Steven : Ça n’est pas si simple, attends l’article que je devrais publier demain :-) Merci pour tes encouragements en tout cas
3. Le lundi 5 avril 2010 à 13h37, par sebastien
Excuse-moi pour ce hors-sujet Laurent, mais je me demande si ce n’est pas toi qui parlait pendant un temps d’un « programme » qui enregistrait en temps réel les projets sur lesquels on travaillait, ce qui permettait à la fin de pouvoir facturer précisément les projets. ça te dit quelque chose ?
merci
4. Le lundi 5 avril 2010 à 14h58, par Laurent DEMONTIERS
Bonjour sébastien. Je me souviens avoir parler d’MS project lors d’une conversation sur 1dcafe.com ou kob-one.com mais ce soft n’enregistre pas les heures travaillées. Il les comptabilise par estimation de l’auteur en amont du projet. Sinon, un commentaire sur le sujet en court :-)?
5. Le mardi 6 avril 2010 à 16h36, par STPo
Tiens, moi j’ai une question sur les pitchs : quand tu réponds à un AO (et que tu fournis donc une piste créa plus ou moins aboutie), comment fonctionnes-tu ? Tu ne peux décemment pas acheter toi-même les visuels dont tu te sers, non ?
Cette partie d’achat d’art est pour moi assez mystérieuse, une bonne idée de série de blog posts donc. Merci !
6. Le mardi 6 avril 2010 à 17h19, par STPo
Tiens sinon pour ton prochain article, une petite ressource =)
http://fairtradephotographer.blogspot.com/2010/03/microstock-why-would-reputable-company.html
7. Le mardi 6 avril 2010 à 18h33, par Laurent DEMONTIERS
@STPo > Généralement je ne réponds pas aux AO qui imposent/demandent de la créa en avant vente. C’est acceptable pour le agences qui peuvent se permettre de prendre d’engager 10% de leur ressources dans le projet avec un risque de perte. Pour un freelance investir 100% de ses ressources (lui -même), ça n’est pas possible. Le risque en cas d’echec est trop important = ne pas gagner d’argent.
Sinon, pour les compos non encore validées, j’utilise des comps fournies par les éditeurs lorsque le projet demande beaucoup d’images. Si le projet ne demande que l’achat de 5 ou 6 images, je les achète parfois et les passe en frais (ou pas).
8. Le mardi 6 avril 2010 à 20h08, par STPo
OK oui, au temps pour moi pour l’AO, je suis bien d’accord avec le refus des AO imposant une créa avant-vente (on en avait parlé ?). Je voulais effectivement parler des AO en agence (agences qui du coup doivent acheter les images, le coût doit passer dans leurs dépenses courantes).
Pour les compos non encore validées, ça veut dire que tu achètes plus d’images qu’il n’en faut (en cas de proposition de plusieurs pistes par exemple) et que tu les achètes avec une cession minimale (usage privé), quitte à l’étendre par la suite avec les sous du client ?
9. Le mardi 6 avril 2010 à 23h08, par Laurent DEMONTIERS
Pour les compos non encore validées en général je ne mets que des comps, c’est à dire les images fournies par les éditeurs pour réaliser des essais graphiques avant de payer les droits d’utilisation. Typiquement, se sont des photos avec le logo de l’éditeur en transparence dessus. Elles permettent au moins de valider les images avec le client avant d’en acheter les droits et de les remplacer par les images en bonne def.
Pour les projets qui demandent une validation avec des images sans logos, là il faut effectivement acheter les droits avant de les présenter. Dans ce cas, il risque d’acheter des images qui devront ensuite être changées est évidemment plus important.
10. Le mardi 7 décembre 2010 à 17h02, par mike
C’est vrai que le point soulevé par STPo est interessant !
En tt cas tres bon article.
Pour certains projets des esquisses ou rough couleurs rapides permettent de « donner le ton » + qq liens pour montrer le style de photos peuvent suffir pour le client (enfin je parle de mon coté)