Je prolonge aujourd’hui la réflexion entamée dans mon précédent article (« Annonceurs, ne négligez pas les besoins de votre projet en images-sources ! » ), et je reste autour du sujet des « sources » en abordant le cas des banques d’images. La lecture de ce nouvel article s’adresse toujours aux annonceurs, mais les créatifs devraient aussi y trouver matière à réfléchir.

Très peu d’annonceurs peuvent se permettre de faire appel à un photographe pour se doter d’une banque d’image exclusive de haute qualité. J’ai déjà travaillé sur les sites de plusieurs  constructeurs automobiles, dans ce secteur les annonceurs font systématiquement appel à des photographes de pointe pour illustrer les catalogues qui présentent leurs modèles. On imagine mal un constructeur auto négliger la mise en valeur des ses véhicules. Pour un graphiste c’est un vrai bonheur de travailler avec des sources de cette qualité, mais entre le prix des prestations de prise de vue (plus de 120 000 € pour 500 clichés, et les cessions de droits de 1500 € pour l’utilisation de chaque cliché), ces processus sont inabordables pour la plupart des annonceurs.

Aussi, si l’habillage de votre site requiert la création d’un univers illustré dédié exclusivement à votre marque il vous faudra bien faire appel à un illustrateur pour le créer.

Là aussi l’intervention d’un professionnel pour créer de l’imagerie sur mesure est un investissement certes couteux, mais il vous assurera un rendu totalement adapté à vos besoins.

Je ne reviendrai pas sur le propos de l’article précédent mais c’est évidemment toujours mieux de faire réaliser son imagerie sur mesure quand on dispose du budget pour. Faire appel à un professionnel pour cela c’est un choix de direction artistique fort, l’assurance d’une démarche de communication dédiée, complète et identitaire. Lorsqu’on souhaite construire l’identité visuelle de son entreprise,  une imagerie dédiée et entièrement réalisée autour de son positionnement sera toujours plus adaptée. Ce processus est un must encore souvent réservé aux entreprises du CAC 40 et aux studios graphiques.

Je pense maintenant que mon point de vue est assez clair pour tout le monde : la qualité graphique de votre site dépend énormément de la qualité des images sources que vous allez y inclure. Encore une fois, il faut savoir vous donner les moyens de vos ambitions.

Et quand on n’a pas de banques d’images à disposition ?

Vous n’avez pas de budget pour les sources ? Vous ne disposez pas de banques d’images en interne ? Vous ne souhaitez pas vous occuper de la recherche de ces sources ? Aucun problème : les graphistes savent où se fournir en visuels. S’il le faut ils iront chercher des sources dans les banques d’images des éditeurs.

Je m’arrête sur ces éditeurs parce que leurs stocks peuvent répondre à 95% des besoins des annonceurs et terme de thématique d’imagerie. Quel que soit votre secteur, vous trouverez toujours sur les sites de ces vendeurs de photos de quoi illustrer vos propos et habiller vos sites.

L’achat d’images (ou plutôt de cession de droits d’utilisation) dans une banque d’image en ligne sera toujours moins cher que de commander une prestation sur mesure à un professionnel. Ces éditeurs jouent sur les flux et leurs auteurs espèrent se rémunérer correctement en multipliant les ventes d’une même source. Ils se trompent, car ce modèle économique n’est majoritairement pas viable pour les auteurs, mais ça n’est pas le propos du jour.

Maintenant même si certains éditeurs en ligne proposent des catalogues de plusieurs millions d’images, ils ne couvriront jamais  l’ensemble des besoins particuliers. Si vous recherchez une photo de deux businessmen aux dents blanches qui se serrent la main vous la trouverez surement parce que le sujet est bateau. Si vous recherchez une photo représentant un cheval déguisé en canard sur un vélo rose devant la tour Eiffel, pragmatiquement vous aurez peu de chance de la trouver. Il faudra ici investir du temps dans la conception d’un photomontage à partir de plusieurs images sources, ce qui revient à réaliser un travail d’illustration > Retour à la case départ. Faites donc attention au réalisme de vos exigences en termes d’imagerie, si elles sont contraintes par votre budget.

Ensuite, je classerai les différents types d’éditeurs de la façon suivante :

Les éditeurs de photographes professionnels :

Leurs catalogues sont constitués d’images réalisées par des photographes ou des illustrateurs professionnels dont les travaux ont été sélectionnés pour leur qualité. Ces sociétés protègent  leurs clients contre d’éventuelles atteintes aux droits d’auteur de tiers. En tant qu’annonceur vous n’aurez jamais de problème avec ces gens sérieux, sauf si vous leur piquez des images.

Comptez entre 250 et 1500 € généralement par an pour utiliser un visuel issu de leur stock. Oui j’ai bien dit par an, parce qu’une cession illimitée dans le temps est invariablement considérée comme abusive et rendue caduque par les tribunaux. Ces éditeurs se conforment à la loi, et cèdent les droits de leur catalogue pour des durées limitées. C’est le seul moyen qui permet de rémunérer leurs auteurs de manière proportionnelle à l’exploitation de leurs œuvres (autre obligation légale).

De façon un peu arbitraire, je citerai en exemple de cette catégorie :

Les éditeurs de perverted crouwdsourcing

Vous connaissez tous ces éditeurs qui proposent de vous céder le droit d’exploiter et plus encore un catalogue photo pour des sommes ridicules (entre 1 et 10 $ la photo en général). Miraculeux non ?

En lisant leurs CGV, vous vos rendrez compte que ces éditeurs se dédouanent  de toutes responsabilités quand à d’éventuelles atteintes aux droits d’auteurs tiers ou atteintes au Droit à l’image. En clair vous achetez leur stock à vos risques et péril, car  :

  • rien de vous garanti que les personnes prises en photo dans ces banques d’images n’engageront pas d’actions en justice contre vous si vous publiez des photos d’eux. Lorsque vous achetez une photo sur ces sites, vous n’avez aucune autorisation écrite de la part des personnes photographiées vous autorisant à utiliser leur image. De fait, ces personnes ou un tribunal en cas de litige pourraient considérer que vous commettez une atteinte à leur Droit à l’image. Vous serez alors condamné.
  • le propriétaire d’un lieu ou d’un bien photographié sur un cliché que vous publiez pourrait aussi engager une action en justice contre vous  puisse que vous le faites sans son accord formalisé (Là aussi c’est une atteinte au Droit à l’image).
  • rien de vous garanti que l’auteur autoproclamé de la photo que vous avez acheté en est réellement l’auteur. Qui empêcherait un petit malin de se faire de l’argent de poche en revendant les clichés d’un photographe pro sur ces sites ? Le cas échéant, le diffuseur de l’image (l’annonceur) commettrait un délit de contrefaçon sans même le savoir. Il n’en reste pas moins coupable aux yeux de la loi. Certaines agences et certains annonceurs s’en mordent encore les doigts.
  • Sur ces sites, les contrats de cessions proposés aux auteurs de photos sont généralement abusifs, et vont parfois même à l’encontre des dispositions légales prévues par le Code de la Propriété intellectuelle français : les cessions ne comportent généralement pas de limites de durée, de destination, de supports, sur l’ampleur de l’exploitation, sur le droit de modification, etc… Bref, à la demande de l’auteur, le contrat qui le lie au site pourrait être rompu à tout moment car décrété caduque par un tribunal. De fait, toutes les personnes qui ont achetées les clichés de l’auteur les utiliseraient sans contrat de cession ( = délit de contrefaçon).
  • Rien ne vous garanti non plus que vous rémunérez un auteur majeur avec un statut professionnel et qui paie ses charges. Et oui, qui empêcherait un enfant de 12 ans de mettre en vente ses photos au black?
  • etc…

Bon, je ne vais pas trop m’étendre sur le sujet mais en grattant un peu de votre coté vous vous rendrez compte que ces sites sont pour la plupart étrangers, et que leurs Conditions d’utilisation ou les contrats qu’ils proposent à leurs auteurs posent des problèmes lorsqu’on les confronte au Droit d’auteur français.

C’est parce qu’ils ne vous garantissent pas contre  d’éventuels problèmes juridiques suite à l’utilisation de leur stock que de grande agences de comm’ , des web agencies et des studios graphiques sérieux interdisent à leurs graphistes de piocher dans ces stocks.

Sur le plan de la qualité, les photos proposées sont acceptables bien que très en dessous de la qualité des banques pro. Quand on ne vend pas cher il faut vendre beaucoup, alors ici les clichés sont souvent très stéréotypés. Les auteurs qui vendent sur ces sites n’ont généralement pas d’ambition artistique et préfèrent travailler autour de sujets bateaux et vendeurs. Si vous recherchez des clichés de famille heureuse ou de buinessmen en costume vous en trouverez pour 3 $ le cliché. C’est à vous de voir maintenant si vous souhaitez que votre identité visuelle ressemble n’importe quelle plaquette de compagnie d’assurance US. Avec ce genre de sources on pond généralement du « design automatique à pas cher ». C’est un choix.

Pour ne pas leur faire de pub, je ne citerai surtout pas Fotolia, Dreamstime ou Istockphoto en exemple. Non, je ne le ferais pas.

EDIT : Corinne (http://www.inseo.fr/ ) et Christophe (http://www.stpo.fr) me citent un exemple édifiant de ce à quoi l’on peut s’attendre en piochant dans les banques d’images. Allez faire un tour ici, la démonstration est parlante : http://fairtradephotographer.blogspot.com/2010/03/microstock-why-would-reputable-company.html

Les sites d’images open source ou en licence Creative Common

Là il s’agit de sites qui regroupent des photos prisent par des particuliers. Ils mettent gratuitement à disposition de tous des clichés en général sous licence Creative Common, art libre, GPL ou autre. Ici la qualité des clichés n’est clairement pas en rendez-vous, les stocks sont moins importants que chez les éditeurs professionnels et les moteurs de recherche sont en général peu performants. Chercher une image de qualité sur ces sites, c’est un peu comme tenter un truc fou, entamer une croisade contre l’impossible : il faut rarement moins de 2 heures pour visionner des milliers de photos et trouver 2 ou 3 photos passablement acceptables. Tentez l’expérience, vous verrez que je n’exagère pas.  La gratuité à sa contrepartie.

Exemples :

…pour les meilleurs.

D’une manière générale ne soyez pas naïfs, si vous n’avez pas de budget pour vous constituer une banque d’images sources, vous obligerez vos prestataires à fouiller dans des banques d’images gratuites, et ils vous feront payer ce temps de recherche. S’ils sont obligés de passer du temps à retoucher de mauvaises photos, ils vous factureront ce temps de travail sans réelle garantie de qualité. Oui, une mauvaise photo retouchée ne fait pas forcement une bonne photo.

Pour les tout petits budgets, il vaut encore mieux débloquer une 40aine d’Euros pour acheter des images parmi les stocks des sites de crowdsourcing. Vous limiterez l’incidence de vos choix sur la qualité générale de votre site.

Mon projet requiert l’achat d’images, comment s’organise-t-on ?

C’est très simple en général la procédure s’articule de la façon suivante :

  1. Le Directeur Artistique propose un synopsis pour décrire l’univers visuel qu’il va mettre en place. Il fait aussi des recommandations quant aux moyens pour se fournir en imagerie. Éventuellement, il peut déjà présenter une présélection d’images pour illustrer ses propos (Pas la peine de les acheter à ce stade, les lightboxes servent à ça).
  2. L’annonceur négocie l’impact financier de cet univers en fonction de son budget. Il  négocie/valide un budget alloué aux sources pour son site et l’éditeur (ou les éditeurs)  chez qui le graphiste se fournira.
  3. Le Directeur Artistique choisi sa sélection définitive d’images ou de sources en restant dans le budget dédié.
  4. Lorsque la sélection d’images est validée, il conçoit ses compositions et les soumet à la validation du client.
  5. Idéalement, c’est à celui qui diffuse les visuels de s’acquitter des droits de diffusion afférents. Le client paie donc les droits correspondants à l’utilisation des sources à leurs éditeurs respectifs. Cette démarche est la seule qui garantisse aux annonceurs de ne pas d’exposer à d’éventuelles plaintes d’auteur tiers lorsque les visuels seront publiés. Concrètement, il suffit au graphiste de réunir les visuels sélectionnés dans une « Lightbox » sur le site de l’éditeur, et d’en envoyer le lien à l’annonceur pour qu’il s’acquitte des droits en un clic.

Notez aussi que, si la responsabilité de l’achat des droits incombe au diffuseur, le graphiste doit garantir à son client de pouvoir s’acquitter de ces droits, donc d’en assurer la traçabilité. Pour ce qui me concerne lorsque je livre une composition graphique qui inclue des sources, je livre également un document exel qui liste toutes les sources utilisées dans ma compos (les typographies, les photos, les illustrations, les icones, les Brushes ou palettes utilisées, bref tout ce qui peut demander le paiement de droits ou l’autorisation d’auteurs tiers).

Pour les photos par exemple, mon document précise.

  • Le nom du fichier
  • L’endroit où le fichier à été inclus (le nom du psd)
  • Le nom de l’éditeur
  • Le nom de l’auteur
  • Si l’éditeur garantit les autorisations des figurants et propriétaires des lieux/biens présents sur l’image.
  • Une brève description de l’image
  • La taille du fichier et sa résolution.
  • Un lien vers les conditions de la cession des droits.
  • Le prix estimé (ça n’est qu’une indication) de l’utilisation de la photo.
  • Un aperçu de l’image

Allez, parce que je suis gentil je mets à votre disposition un exemple de fichier de tracking sources livré la semaine dernière : Télécharger le fichier tracking_TDC_1

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Je conclu en soulignant que j’aborde ici quelques considérations sur les bonnes pratiques de conception. C’est à vous maintenant de prendre vos responsabilités d’annonceurs ou de graphistes et de les suivre ou pas. De la manière dont vous allez gérer vos sources dépends la qualité de votre site, je vous parle aussi de gain de temps et de gain d’argent. Offrez à vos fournisseurs les moyens de travailler correctement, vous ne vous en porterez que mieux.