Un graphiste peut-il concevoir plusieurs propositions graphiques d’un même sujet ?
Vous êtes annonceur et dans le cadre de l’appel d’offres que vous vous apprêtez à publier vous demandez la livraison de plusieurs approches graphiques. Vous espérez là vous offrir la possibilité et le confort de choisir entre plusieurs propositions. Vous êtes formidable.
Mieux, vous êtes chef de projet en agence et l’appel d’offre de votre client demande la présentation de plusieurs pistes graphiques. Qu’à cela ne tienne, vous mettez votre meilleur graphiste sur l’appel d’offre et vous lui demandez de produire ces différentes versions. Vous êtes merveilleux.
Les designers ne sont pas (tous) des schizophrènes
Vous a-t-on déjà demandé d’émettre un avis sur quelque chose ? Je l’espère pour vous. C’est toujours agréable et valorisant d’émettre une opinion, de la construire, de structurer son argumentation, puis de la présenter.
Détaillons. Travailler sur un sujet c’est se forger une opinion, construire sa pensée autour d’arguments pragmatiques retenus parce qu’on les estime meilleurs que les autres. Travailler sur un sujet c’est surtout faire des choix, retenus eux aussi parce qu’on les estime meilleurs que les autres car plus adaptés au contexte du sujet. Un choix construit sur une analyse fine du sujet et de son contexte forge des certitudes.
Seulement voilà, imaginez maintenant que dans la foulée on vous demande d’émettre un deuxième avis totalement différent du premier sur le même sujet …
Dans ce contexte vous devrez tout d’abord intérieurement renier vos certitudes et déconstruire votre argumentation précédente, puis adopter une posture et un angle de vision totalement différent de celui avec lequel vous aviez naturellement abordé le sujet afin de mieux contredire vos précédentes certitudes.
La situation n’est pas confortable vous l’avouerez, alors pourquoi l’infliger à ce pauvre graphiste déjà accablé par une vie miséreuse et le poids de l’opprobre ?
Le syndrome de la proposition pourrie
Si vous êtes graphiste cela vous est déjà certainement arrivé que l’on vous demande de produire plusieurs pistes graphiques d’un même sujet. Si vous êtes chef de projet ou commercial en agence, cela vous est déjà certainement arrivé de présenter à vos clients plusieurs pistes graphiques d’un même visuel réalisé par un seul et même graphiste.
Nous sommes entre nous et personne n’écoute, alors on peut se le dire… À chaque fois que cette situation s’est présentée, vous avez été amené à privilégier la présentation d’une proposition que vous estimiez plus aboutie, et à survoler la présentation de l’autre proposition en espérant qu’elle ne soit pas retenue par le client. C’est une belle performance de votre part.
Je ne parle pas ici de propositions moins abouties parce que le graphiste choisi était inexpérimenté ou parce qu’il n’a pas eu le temps de concevoir quelque chose de correct, mais bien de ces situations où le graphiste a été contraint d’imaginer des solutions secondaires, des seconds choix conçus non pas autour d’arguments constructifs, mais uniquement dans l’idée de les rendre différents de sa proposition principale et initiale. Non, décidément on ne construit pas une proposition graphique par dépit.
Oui, mais nous, on veut pouvoir choisir !
Quelle belle idée ! Mais en avez-vous seulement les compétences et les moyens ? Agences, commencez par évaluer la demande de l’annonceur. Un annonceur qui demande plusieurs pistes graphiques vous fait un aveu tacite : il n’a aucune idée de la stratégie de communication visuelle à mettre en place dans le cadre de sa commande. Il espère juste picorer dans un panel d’idées graphiques agencées sur des critères subjectifs et arbitraires. Cela semble facilitant pour celui qui souhaite acquérir un design sur des critères uniquement esthétiques. Le problème de cette démarche, c’est qu’elle ne repose sur aucun objectif stratégique et qu’elle passe à coté de l’essence même de la communication visuelle : donner du sens.
Si l’on considère le graphisme comme la traduction visuelle d’une stratégie définie et validée en amont, en produisant du graphisme sans base stratégique vous desservez l’image de la marque et mettez en péril la réussite du projet.
Dans ce cas ne serait-il pas plus judicieux de proposer à l’annonceur de faire les choses dans l’ordre et de définir au préalable sa stratégie de communication visuelle ? La construction d’une stratégie de communication visuelle ne bride pas le graphiste, au contraire elle donne du sens à son travail.
Oui, mais le client a toujours raison !
C’est effectivement ce qui se dit dans les bas-fonds du commerce où des vendeurs dégoulinants de bagout promettent n’importe quoi à n’importe qui à partir du moment où il y a du pognon à grappiller. C’est aussi ce que disent les commerciaux débutants prêts à répondre à n’importe quelle demande absurde de peur de rater une vente.
Dans la réalité, les processus de production visuels requièrent des compétences techniques, répondent à des recommandations stratégiques et sont contraints par les périmètres techniques, stratégiques, ergonomiques, organisationnels et contextuels du projet. Alors non, le client « n’a pas raison » lorsque ses demandes sortent du périmètre du projet ou le desserve.
Jetez-moi la première pierre !
Un graphiste qui accepte de produire de multiples propositions d’un même sujet envoi plusieurs signaux forts à son client :
- « Vous n’avez aucune stratégie de communication, mais je vais tout de même me lancer dans la production de pistes graphiques multiples ». Super : dans le meilleur des cas, c’est un graphiste qui se fout de la stratégie de ses clients. Il pond du visuel dénué de sens « à la chaine ». Dans le pire des cas, il n’a pas conscience que la construction d’un visuel efficace se base sur une stratégie sensée avoir été définie et validée en amont.
- « Vos désirs les plus incongrus sont des ordres ! » Voilà un beau signal pour l’annonceur qui ne se gênera pas pour faire connaître l’enfer au graphiste ou à l’agence. Il n’y a rien de pire dans une négociation que de s’aplatir dès le départ, surtout lorsque la demande initiale est déjà abusive ou nocive pour le projet.
Mais alors que faire ?
Tâchons de réagir intelligemment et de façon pragmatique (enfin, essayons). Les annonceurs demandent fréquemment des pistes multiples dans leurs appels d’offres, c’est une constante dans nos pratiques professionnelles, et il faut faire avec. L’éducation des annonceurs peut se faire sur le long terme, mais je doute que mon discours sur l’importance de la stratégie de communication ait un écho immédiat chez tous les annonceurs de France. Les annonceurs continueront à demander des propositions visuelles multiples, et les agences continueront d’en produire.
Il y a par contre une disposition que les agences peuvent prendre immédiatement : ne plus demander à un même graphiste de produire de multiples pistes visuelles lors d’une même livraison. De leur côté les graphistes devraient aussi arrêter de s’essayer à ces contorsions impossibles. Si les uns comme les autres pensaient à la sous-traitance dans ce genre de situation, les projets y gagneraient en qualité.
Le principe idéal c’est de faire travailler un designer sur chaque piste visuelle. Non seulement vous évitez les problèmes que je développe dans les paragraphes précédents, mais vous divisez d’autant le temps de réalisation graphique.
Chaque graphiste à sa sensibilité, il interprétera le sujet à sa manière, avec ses outils ses processus de production, ses méthodes de travail, et enfin son propre style graphique. Il est foncièrement impossible que deux graphistes produisent des visuels identiques à partir d’un même sujet, et pourtant leurs différentes propositions peuvent être de qualité identique parce qu’elles n’auront pas été construites en dépit d’autre chose.
Ha accessoirement, vous, chefs de projets, directeurs d’agence, managers et donneurs d’ordres qui passez par là, je vous invite à pensez à moi pour vos futurs besoins en matière de sous-traitances… Tout ça pour ça…. pfff
1. Le jeudi 18 novembre 2010 à 11h36, par Eric
Je ne suis pas tout à fait convaincu par l’argument du « s’ils veulent choisir c’est sur des critères esthétiques arbitraire (et implicitement mauvais) ».
Il peut y avoir plusieurs approches, plusieurs choix. Je ne parle pas que de graphisme esthétique mais aussi des positionnements, des chemins utilisateurs, des navigations et mises en avant. Il n’y a pas que « une » vue, surtout en design et en communication, même si on laisse l’aspect esthétique de côté.
S’il y a plusieurs manière d’aborder les choses, il se peut que le client attende de voir ce que ça donne pour choisir : L’idée qu’on se fait n’est pas toujours la bonne, et travaillée par des professionnelles qui réfléchissent à bien plus de choses ça peut donner des résultats différents de ce qu’on a en tête. Il est aussi possible que le client avoue son ignorance totale du métier (chacun le sien après tout) mais qu’il attende de vous que vous lui montriez différentes pistes, qui se basent sur des ressorts différents, que vous lui expliquiez les implications sur la navigation du visiteur, sur ce que ça peut impliquer sur le ciblage, sur la connotation, et que ensuite il puisse choisir sur ces bases pertinentes là, que vous lui aurez expliqué, et pas sur « oui mais je préfère le rose ».
Oui, je sais, ces clients là ne sont pas la majorité, mais si vous infantilisez vos clients, vous n’aurez que des clients enfants, les autres, les intéressants, ne seront pas attirés.
J’aurai une seconde critique. J’adhère à l’idée qu’un même esprit ne peut pas forcément imaginer deux choses différentes de bonne foi. Par contre l’idée qu’il faille conforter le graphiste dans ses certitudes et ne pas lui demander de penser à une autre piste que ses préjugés initiaux, c’est foncer dans le mur. Si le graphiste ne sait pas de lui même laisser de côté ses pré-jugés pour explorer plusieurs pistes, remettre en cause ses convictions acquises au fur et à mesure pour prendre en compte les points de vues opposés et réévaluer en expérimentant … quelle est la valeur de son travail ? un préjugé et un travail esthétique uniquement. Hors si je t’ai bien compris, tu estimes qu’il y a plus.
Bref, non seulement il faut le demander ce travail sur soi mais en plus s’il est absent c’est la certitude d’avoir un travail qui n’est pas si réfléchit que cela. C’est vrai dans tous les métiers de réflexion ; le graphiste n’est pas différent d’un autre ici.
Après effectivement cette remise en cause et ces multiples points de vues on les a plus facilement à plusieurs, en travaillant en groupe, que tout seul dans son coin. Si c’est un plaidoyer pour un travail en binome (ou plus) devant le client, là je ne peux que te rejoindre.
2. Le jeudi 18 novembre 2010 à 11h39, par Alban p. @ Agence web vendée
Le fait de devoir présenter plusieurs maquettes est toujours un dilemme…
Il est vrai que commenter une maquette qu’on à fait en seconde ou troisième proposition est moins évident que la première sur laquelle on à tout donné et qui est bien jolie :)
Malheureusement 2 fois sur 3 le client va choisir notre dernier choix, souvent le moins aboutit à faire palir tout nos principes de webdesigner :|
Bon article, j’aime beaucoup l’accroche..beaucoup vont se reconnaitre (AO) !
3. Le jeudi 18 novembre 2010 à 11h45, par CUT HERE
Il y a la théorie et la pratique. Si de manière théorique je suis d’accord avec ton approche, malheureusement la pratique et tout le process des agences (rentabilité, team dédiée etc) fait que ce n’est pas possible.
Coté annonceur, j’en discutais avec une amie chef de projet sur les demandes farfelues, décousues et le chemin est encore long. Je pense que 10 ans seront bien nécessaire pour commencer le changement.
4. Le jeudi 18 novembre 2010 à 11h45, par Olivier Beining
Merci pour ton article Laurent.
Je partage totalement ton point de vue. Lorsque l’on me consulte je ne produis jamais plusieurs pistes.
Grosse surprise la plupart du temps, l’attitude du « je choisis la couleur de mon jean » étant bien ancrée dans les comportements.
Néanmoins le client comprend en général et à tendance à faire confiance au professionnel qui explique le pourquoi des choses.
J’utilise souvent l’analogie avec une maison, un architecte n’en conçoit pas plusieurs, mais une seule qui correspond au besoin et à la demande de client.
Bien sur après il faut expliquer qu’un designer n’est pas un peintre en bâtiment mais un concepteur mais c’est un autre débat.
Si un jour le besoin est effectivement de produire plusieurs pistes graphiques, je pense que je ferai appel à mon réseau pour produire des pistes différentes et de qualité. Encore faut il en avoir les moyens.
5. Le jeudi 18 novembre 2010 à 11h47, par TomTom
Ahah très bonne la conclusion (l’article aussi d’ailleurs).
Et dire que la plupart des graphistes ont fait ce constat dès leur premiers sujets à l’école.
6. Le jeudi 18 novembre 2010 à 11h57, par David Torondel
Bonjour, article très intéressant, comme toujours, mais pour fois je ne suis pas totalement d’accord :)
Je voulais justement aborder le sujet dans un article sur le processus de création d’une charte web, mais je n’ai pas fini de l’écrire. Bon, en attendant, mon petit avis à moi, qui suis donc graphiste et suis très régulièrement confronté à ce type de demande : je ne pense pas que ce soit abusif de demander plusieurs pistes à un seul graphiste… le parallèle avec un avis me semble un peu biaisé, dans le sens ou en ce qui concerne une charte graphique et donc une démarche de communication, il n’y a pas une seule vérité…
Militer pour que les briefs créatifs soient mieux construits, soient une véritable démarche réfléchie, j’adhère à 100% !
Mais j’ai plusieurs fois été confronté à des cahiers des charges ou il n’était pas forcément demandé plusieurs axes graphique, mais ou moi j’ai ressenti le besoin d’essayer plusieurs pistes. Concrètement, le boulot d’un graphiste est de se mettre au service du message du client, d’optimiser la représentation des éléments pour le rendre attractif, lisible, etc. Mais il peut y avoir plusieurs angles graphiques possibles, pour ça.
Pour prendre un exemple concret, je vais devoir travailler prochainement sur le graphisme d’un site qui sera une sorte de catalogue de produit scolaire destinée aux enseignants. Graphiquement, je vais d’abord m’attacher à l’ergonomie, la hiérarchisation des éléments, parce que c’est avant tout un site « outil ». Je pense faire une proposition qui mise avant tout sur le fonctionnel, avec un graphisme très en retrait, le moins de fioritures possibles. Et je pense faire une autre proposition sur laquelle je vais plus travailler le graphisme, utiliser peut-être des illustrations ou photos d’ambiances, sans sacrifier aucunement l’ergonomie.
Au final, le client choisira peut-être une des deux pistes, ou un mix des deux…
Sur un même sujet, avec les mêmes cibles, la même ambiance graphique, les mêmes couleurs, on peut toujours trouver différentes pistes, à mon avis. Il me semblerais pour ma part presque frustrant parfois de ne devoir proposer qu’une seule piste à un client…
Mais il est aussi intéressant de bosser à plusieurs graphistes, pour proposer plusieurs pistes, si jamais le client demande un nombre trop grand de pistes. Perso je me sens « capable » de proposer 2 pistes « sérieuses » pour un site. Au dessus de 2, il me semble difficile d’éviter de tomber sur le syndrome de la maquette « repoussoir » faite en dernier, juste pour dire… d’autant que régulièrement c’est cette daube que le client accepte… :)
Maintenant je parle là de cas « idéaux », ou la cahier des charges fourni est cohérent… Je te rejoins par contre totalement dans le cas ou le cahier des charges est mal conçu, par exemple les classiques demandes du genre : « le site doit refléter une image créative et originale, tout en étant institutionnelle et rassurante pour le visiteur, par un jeu de couleurs vives et contrastées. Voir à ce sujet les couleurs de notre logo, gris pale et vert pastel. »
La on sent clairement que c’est n’importe quoi, et effectivement il est nécessaire de recadrer un peu les choses.
Bon, j’espère ne pas avoir fait trop de fautes dans mon commentaires, rédigé très vite parce que à la bourre :)
David
7. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h03, par Bango
Si on décide malheureusement de rentrer dans le jeu des propositions multiples pour un appel d’offres et qu’on veut rester rentable, il faut mettre en place des « recettes » pour ne pas perdre de temps (car bien sûr on est jamais sûr d’être retenu par le client) et cela, sans prendre en compte une quelconque stratégie, puisqu’en général elle est inexistante. On fait 3 propos bâclées en modifiant d’anciennes créa par ci, en plaçant une petite image stock par là: Il y a la « graphique », l’institutionnelle, la « repoussoir ».
Résultat, tout est à jeter.
Il n’est pas rare de voir des appels d’offres tout simplement annulés parce que toutes les agences ont fait pareil. Et tout ça parce qu’une réflexion (par le client ou le designer) n’a pas été menée en amont, on est de plus en plus dans le « je ne sais pas ce que je veux mais montre moi des trucs et je te dirais ». Et au final tout le monde est perdant.
8. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h04, par Laurent DEMONTIERS
@Eric > bonjour Eric, et merci pour ta longue analyse. Sur « les critères esthétiques arbitraire (et implicitement mauvais) », je peux préciser ma pensée. Je dirais juste que le « implicitement mauvais » est une interprétation de ta part. Je suis designer à la base tout de même :- ) Ca ne me dérange pas que les compositions graphiques soient aussi évaluées sur des critères esthétiques.
Maintenant, je sais aussi qu’en production le fond du discours primera toujours sur sa forme. Au-delà des critères et des évaluations esthétiques le design sert le sens avant tout.
Ce qui pose problème dans l’attitude de certains annonceurs, c’est justement que leur démarche n’a pas de sens puisqu’ils n’ont aucune stratégie. Ça n’empêche pas certains de commander tout de même des prestations graphiques.
Donc, je ne dis pas qu’il est implicitement mauvais des années un design sur sa forme, puisque c’est l’un des vecteurs apprendront compte pour l’évaluer, mais prioritairement aux critères esthétiques il faut les aider sur la qualité de la réponse qu’il apporte à la « problématique » stratégique.
Je te suis totalement lorsque tu dis qu’il n’y a jamais une seule vision d’un sujet en design. En fait il y a autant de traduction visuelle possible d’un sujet qu’il y a de designers.
9. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h09, par Julien
Vécu au quotidien, y compris dans la version « un graphiste par piste » qui pour moi n’est pas satisfaisante non plus. Mais le fait est que les clients (et même les agences en interne) n’aiment pas payer « pour rien », c’est à dire pour le concept et la stratégie de com’. Ils veulent plus de pistes, et si possible les mélanger une fois qu’ils en ont plein (même si justement si il y a plusieurs axes c’est qu’il ne faut surtout pas les mélanger, puisque concepts différents).
Je ne suis pas d’accord avec cette méthode mais c’est assez généralisé : + de piste en – de temps. Sur certains gros budgets c’est atténue, mais on y passe quand même à un moment. Par contre dans les grosses agences c’est quand même souvent plusieurs graphistes qui s »y collent, choisis selon leur style (ou leur dispo au planning bien souvent ^^)
À part ça ton blog tue les yeux, bienvenue au club (je vais te demander des royalties)
10. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h11, par olybop
Je suis graphiste et je présente souvent 2 ou 3 pistes différentes. Forcément il y en a une que je préfère. Maintenant le problème n’est pas la. Toutes les maquettes sont bonnes tant qu’elles sont argumentées. Si je fais tel ou tel graph c’est parce que cela correspond à la demande et non pas parce que c’est « jolie ».
11. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h13, par Julien
@ DAvis Torondel : bien sûr, mais ne confonds pas « tester plusieurs pistes » et « présenter plusieurs pistes abouties au client »
12. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h16, par Laurent DEMONTIERS
@ David Torondel> En ce qui concerne le processus de création visuelle je pense que tous les graphistes procèdent plus ou moins par tests et par tâtonnements. Mais au final il faut bien faire des choix, retenir certaines solutions, si possible les meilleurs et en écarter d’autres.
J’attends ton article avec impatience.
13. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h17, par Sylvain
Je trouve à la fois cet article et les commentaires très intéressants.
Si je suis sensible aux arguments développés dans l’article, je pense tout de même qu’un graphiste peut tout à fait avoir plusieurs idées de départ. Il nous arrive fréquemment par exemple, de partir sur 2 ou 3 pistes de logos avant de creuser plus en profondeur l’une d’entre elles.
Même si ces logos sont créés par la même personne, s’il reflètent les mêmes valeurs, leur rendus peut être sacrément différents.
En revanche, je ne conteste pas que la situation idéale est d’avoir des propositions de sources distinctes.
14. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h22, par Laurent DEMONTIERS
@ Julien > Pourquoi trouves-tu que « un graphiste par piste » n’est pas une solution satisfaisante non plus?
15. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h25, par Auré
Encore un article fort intéressant qui m’évoque de nombreux souvenirs… (schizophrénie, syndrome de la proposition pourrie etc.)
Je suis bien évidemment complètement d’accord avec toi et je pense qu’il faudrait faire lire ton article dans de nombreuses agences, cela ferait surement grand bien…
Selon moi, le problème principal c’est tout simplement le manque de compétences des personnes en amont (chefs de projets, chefs de produits, commerciaux etc…) qui vont accepter ce type de demande des clients.
Pour les designers qui dépendent de ces mêmes personnes en amont, je te rejoins là encore, je pense que c’est un travail sur du long terme…
Peut-être qu’à force de communiquer autour de nos problématiques (ergonomie, cohérence etc..) nous arriverons à faire passer le message…
Pour ma part, dans ma boite, j’ai parfois réussi à inverser la vapeur sur certains projets, simplement en communiquant et en justifiant mes choix. Cela ne s’applique bien évidemment pas partout mais nous ne perdrons jamais à trop communiquer.
Ta solution de la sous-traitance est une bonne idée mais qu’en est-il du budget ?
Les clients sont là pour être conseillés par des experts (nous), ils paient pour ça et je pense qu’il est possible de les faire changer d’avis pour peu que nous ayons de bons arguments allant dans le sens du projet et répondant à la problématique de communication sous-jacente.
Merci pour ton article :)
16. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h25, par ThomasF
Sujet intéressant ! En tant que client il m’arrivait encore, il y a quelques années, de demander plusieurs approches graphiques et je m’aperçois à la lecture de cet article que je ne le fais plus, préférant capitaliser sur la compétence du designer et une piste réellement optimisée.
Si on se met à la place de celui qui doit construire ces pistes comme tu le fais, ça parait effectivement absurde de lui demander deux pistes bien construites à partir d’un seul brief. En revanche, je trouve qu’il peut être intéressant de soulever plus en amont plusieurs solutions possibles. Prenons l’exemple d’une page à retravailler avec un objectif de conversion bien précis : on peut alors imaginer une piste qui mise sur un contenu d’accompagnement très présent et une autre sur une page très dépouillée avec uniquement le bouton d’action. A partir de deux pistes de solution, le même ergonome et le même designer peuvent, avec le même objectif final, développer autant de storyboards et de designs. Cela leur permet de remettre en question leurs choix (comme l’encourageait Eric dans son commentaire) et il y a fort à parier que les deux pistes s’enrichiront mutuellement. Reste à les confronter soit dans l’équipe soit directement en ligne !
17. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h40, par Laurent DEMONTIERS
@Auré> Tu soulèves le problème du manque de compétences techniques chez les commerciaux en agence. Beaucoup d’entre eux sont en général des chefs de projets issus de la technique. Dans ce cas ça ne leur pose en général pas de problème pour évaluer la faisabilité et la rentabilité d’une demande client. Pour les commerciaux qui ne sont pas formés à la technique, c’est vrai que les choses se compliquent énormément, surtout s’ils ne sont pas secondés d’une ressource technique en rendez-vous clients. Il y aurait beaucoup à dire sur le mode organisationnel de la plupart des agences.
Sinon pour l’histoire du budget lié à la sous-traitance, je réagissais en termes de jours- hommes. S’il faut quatre jours pour concevoir deux pistes graphiques, en théorie ça ne coûtera pas plus cher de faire travailler deux personnes pendant deux jours que d’en faire travailler une pendant quatre jours (je mets de côté la variable quasi insignifiante du tarif/jour des Freelances censé être plus élevé que le coût/jour d’un salarié).
18. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h50, par Marie
Super article et super débat :)
On ne fait plus du web comme on en faisait il y a 10 ans. Les notions de stratégie, d’ergonomie, etc… sont venues bousculer notre manière de faire les choses. La méthode des wireframes est pour moi le symbole de l’évolution de ces méthodes de travail ! Le souci, c’est de faire évoluer notre clientèle en fonction de ces changements.
Pour ma part, je le constate bien dans ma vie professionnelle, les clients viennent encore nous consulter avec un discours plutôt proche du « je voudrais un site internet ! parce que c’est bien d’avoir un site internet ! ». Et moi de leur répondre : « parlez-moi de votre besoin, de votre problématique, et je vous dirai ensuite si le site internet est la bonne réponse. Si oui, nous mettrons en oeuvre une stratégie ensemble pour accompagner sa création. » Et quel bonheur de trouver en face de soi un client qui répond « ah, bonne idée, je vous fais entièrement confiance… »
J’essaye, avec un ou deux projets pilotes démarrés récemment, de proposer au client non pas deux pistes graphiques pour qu’il puisse choisir le concept qui lui plait le plus, mais d’organiser des workshops en amont. Dans ces séances, le client et moi travaillons main dans la main pour définir la stratégie globale et le concept qui donnera naissance au site. Les séances de prototypage sont en général décisives. Ensuite seulement, je m’attache à la couche esthétique : cette couche pourra prendre plusieurs formes (c’est là que peuvent intervenir plusieurs propositions, éventuellement), mais le concept a été défini et travaillé en amont. Je suis on ne peut plus d’accord avec Laurent : « La construction d’une stratégie de communication visuelle ne bride pas le graphiste, au contraire elle donne du sens à son travail. »
D’ailleurs, j’adore l’analogie d’Olivier sur l’architecte qui ne produit qu’une seule maison : on est bien dans la réponse parfaite au besoin, et non pas dans l’exécution bête et méchante, « parce que ça fait 10 ans qu’on fait comme ça ».
Pour conclure, je dirais que c’est aussi à nous de pousser les méthodes en avant et de montrer aux clients que le métier de graphiste / consultant web ne s’improvise pas autant que ça ; un client peut revenir sur ses idées fixes en découvrant des pistes qu’il n’aurait pas envisagé seul…
19. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h52, par Julien
@thorea Ça n’est pas satisfaisant si c’est fait pour produire plus de pistes sans réflexion en amont, et on retombe dans les mêmes travers : on fait une piste, on la montre, le client est moyen content, alors on met dédé dessus, qui fait des nouvelles versions, puis finalement le client veut un peu de la 1 et de la 2, du coup on mets jojo et « son œil neuf » dessus, et ainsi de suite, avec parfois 4 ou 5 graphistes se succédant juste pour fournir une piste palpable au client, qu’il dise OUI à n’importe quel prix, en le saturant de versions au lieu de réflechir en amont et de prendre le temps de la conception.
20. Le jeudi 18 novembre 2010 à 12h54, par Laurent DEMONTIERS
@ ThomasF > Merci pour ton retour d’expérience super constructif. Je fais de l’ergonomie et du design et dans l’exemple que tu cites ça me semble toujours impossible qu’un même designer ne soit pas embêtée d’avoir à produire deux versions différentes d’une page dont les objectifs de conversion ont été définis, dont le contenu est défini, dont l’ergo est définie. Là ou je te suis à 100%, c’est que le redesign d’une page passe aussi par la refonte en amont de son ergonomie (on enlève, ajoute ou l’on déplace des éléments) En conception web l’ergonomie et le design sont très imbriqués.
Je sors un peu du cadre de l’article (quoi que), mais il faut aussi tenir compte du fait que si l’on présente plusieurs propositions graphiques (ou ergonomiques) à un client, si celui-ci ne les évalue que sur des critères esthétiques il y a de forte chances pour qu’il souhaite en voir produire une troisième qui serait un mix des deux premières.
En abordant le « probleme » des propositions multiples, ne ne soulevait que le côté « stratégiquement absurde » (l’expression est un peu forte, je la tempère) de cette procédure, mais elle présente aussi des inconvénients budgétaires et organisationnels.
Ce qui devrait faire évoluer un design selon moi, ce sont surtout les tests graphique en production et l’étude des stats après refonte.
21. Le jeudi 18 novembre 2010 à 13h46, par Francis
Super article… J’aime beaucoup l’idée de la sous traitance, je pense que ça serait une super idée, mais les agences ne préfèrent-elles pas garder toute cette partie en interne ? Qu’est-ce que ça changerait pour elle si le client préfère la maquette du freelance plutôt que celle(s) faites en interne ?
Sinon, concernant les différentes pistes, personnellement, je propose toujours plusieurs évolutions d’une même maquette. Certains aspects sont abordés différemment mais on garde globalement le même wireframe. Sinon, il est parfois possible de proposer quelque chose de complètement différent mais comme tu le dis justement, c’est pas toujours évident de se défaire de tout ce travail qu’on a fait sur la première maquette… :-/
22. Le jeudi 18 novembre 2010 à 16h21, par David Torondel
Un autre souci lié au principe de confier les pistes à différents prestataires : comment ça se passe au sujet de la rémunération ? Dans le cas ou le travail est confié à un webdesigner, que celui-ci produit 3 maquettes mais qu’une seule est retenue, pas de souci, ca fait partie de son enveloppe.
Si les 3 maquettes ont été confiées à 3 webdesigners indé, idéalement il faudrait rétribuer les 3 maquettes, retenues ou non, vu que le travail à la base a été le même (celui qui est retenu aura en plus le travail de déclinaison, etc.). Mais vu comme certaines agences ont déjà du mal à rémunérer les appels d’offres, j’imagine que ce doit être difficile dans certains cas de se faire rétribuer en cas de projet non retenu… Et si le client final a finalement demandé un mix entre 2 des maquettes, comment se passe le partage de la rémunération ?
Quand l’agence est réglo et que tout est défini au départ, pas de souci, mais autrement ça doit pouvoir être un bon casse-tête…
23. Le jeudi 18 novembre 2010 à 17h15, par Laurent DEMONTIERS
@ Marie > c’est exactement comme ça que je fonctionne aussi. Workshops + compos + itérations et modifs. C’est ce qui marche le mieux pour moi.
@Julien > Argh ! Ca se passe comme ça chez Publicis Modem ? Le coup de mettre un autre DA sur un sujet pour « avoir un œil neuf », ça sent le prétexte pour justifier l’agitation de l’agence auprès de l’annonceur. Genre « vous voyez, on travaille à fond sur votre projet et on s’implique à fond » alors que ça n’est pas le nombre de compos qui fait la qualité de l’implication, mais bien l’espace et le temps laisse au designer, voire son expérience et la qualité de son expertises. En tout cas, j’ai bien avec cette expression (« avoir un œuf neuf ») qui m’a rappeler de bon souvenir d’agence, avec leur champ lexical inimitable. .
@ David Torondel > je n’ai pas saisi ton raisonnement. Lorsqu’une agence fait travailler un graphiste salarié pendant 3 jours, elle le paie sous forme de salaire. Si elle fait travailler un free à la place pour la même durée, elle le paiera aussi. Financièrement ça revient approximativement au même compte tenu des tarifs bas pratiqués par les free en France. Sinon, oui, heureusement que pour une commande de 3 pistes les agences paient les 3 pistes, et pas seulement celle qui à été retenue. Moi quand je vais au resto, je ne paie pas seulement le plat que j’ai préféré, je paie tout ce que j’ai commandé.
24. Le jeudi 18 novembre 2010 à 20h00, par David Torondel
@ Laurent : Ce que je voulais dire, c’est que certaines agences ou clients ont tendance à « tirer sur la corde » au maximum. Et que le principe de faire faire des pistes différentes à différents graphistes était à mon avis une bonne solution dans l’absolu, mais pouvais avoir le travers de donner l’idée à ces mêmes mauvaises agences d’aller vers 3, 4, voir 10 indépendants, leur dire que dans le cadre d’appel d’offre ils aimeraient avoir une piste graphique, et ne payer que si le projet est retenu. Perso je refuse toujours les appels d’offres non rémunérés, sauf cas exceptionnel, mais je sais que pas mal d’indés le font, par dépit, et seraient peut-être encore plus tentés de l’accepter si on leur demande « juste » une piste graphique.
25. Le jeudi 18 novembre 2010 à 20h15, par Laurent DEMONTIERS
@David Torondel> ok, pardon, je n’avais pas compris ton intervention. C’est plus clair.
Effectivement le schéma que tu décris peut se produire. J’ose espérer tout de même que les professionnels du design sont de plus en plus nombreux à refuser ce genre de deals. Les appels d’offres non rémunérés, ça n’est pas tenable pour un freelance.
26. Le jeudi 18 novembre 2010 à 22h04, par Olivier
@David, @Laurent > Peut-être avez-vous plus souvent l’occasion de travailler en sous-traitance d’agences, qui peuvent se permettre de rémunérer des frees sur les appels d’offre (et c’est bien sur, normal)…
Mais quand vous êtes sollicité directement par un client, c’est souvent sur un appel d’offre, non-rémunéré la plupart du temps, et vous êtes alors dans la position d’une agence.
Soit vous refusez par principe, soit vous participez parce que vous pensez que peut-être le jeu en vaut la chandelle…
Membre d’un collectif de frees, nous sommes de plus en plus souvent consultés en direct par les marques et dans le cas d’appels d’offre, nous proposons généralement 2 pistes, proposées par 2 graphistes et réalisées après une réflexion commune sur les différents objectifs et enjeux de la demande.
Cela nous permet de proposer 2 visions différentes d’une problématique et de donner au client un véritable choix.
Bien sur, dans le cas ou (malgré des propositions toujours de grandes qualités ;-) vous n’êtes pas retenu, vous avez travaillé à 2 pendant plusieurs jours pour rien… encore qu’on apprend toujours de nos échecs, n’est ce pas ?
P.S : salut David, c’est rigolo de te retrouver au détour d’un blog…
27. Le jeudi 18 novembre 2010 à 22h33, par STPo
@Olivier
Waw, j’espère que vous gagnez pas mal d’appels d’offre parce que ça me semble difficilement tenable sur le long terme ce genre de fonctionnement… non ?
28. Le vendredi 19 novembre 2010 à 10h49, par Olivier
@STPo > Les appels d’offre viennent généralement de nouveaux clients… ce sont les clients fidèles qui nous font vivre.
Encore une fois, nous ne participons que quand le projet nous intéresse… cela permet de renouveler notre portefeuille de clientèle. Il faut bien sur en gagner de temps en temps… le fait est que nous sommes souvent en compét. contre de grosses agences et que c’est pour cela que répondre par plusieurs propositions nous met d’égal à égal… du moins en ce qui concerne les retours créatifs.
29. Le vendredi 19 novembre 2010 à 12h37, par Laurent DEMONTIERS
@Olivier > bonjour Olivier, merci pour ton message. Il est probable qu’on ne travaille pas pour le même secteur où pour la même catégorie d’annonceurs, mais pour ce qui me concerne lorsqu’un annonceur vient me voir pour participer a son appel d’offres c’est rare qu’il me demande explicitement plusieurs pistes graphiques. C’était plus fréquent il y a quatre ou cinq ans. Actuellement j’ai plutôt l’impression que l’idée de produire de multiples pistes graphiques, c’est plutôt une initiative prise par les studios graphiques qui espèrent faire passer à l’annonceur l’idée qu’ils s’impliquent à fond dans son projet. Fausse bonne idée selon moi.
Sinon j’approuve la démarche de ton studio qui engage plusieurs graphistes lorsqu’il y a plusieurs propositions visuelles à livrer. C’est d’ailleurs le sens de mon propos dans l’article. Une proposition = un graphiste / deux propositions = de graphistes / etc…
Pour le reste, je ne sais pas combien de personnes regroupe votre collectif, mais j’imagine que si tu fais travailler deux personnes sur un appel d’offres non rémunéré, il reste encore quatre ou cinq personnes qui travaillent de façon rémunérée au sein du collectif pour remplir les caisses. C’est juste une question de répartition des risques. Une agence ou un collectif peut se permettre d’investir 20 voire 30 % de ses ressources/hommes sur des appels d’offres non rémunérées si les 70 ou 80 % des ressources restantes ramènent de l’argent.
Un Freelance qui investit par définition 100 % de ses ressources/homme sur un appel d’offre non rémunéré va droit dans le mur. Si l’on considère qu’on ne remporte environ qu’un appel d’offres sur trois ou quatre (et encore, en ce moment certains annonceurs reçoivent une vingtaine de propositions commerciales à chaque appel d’offres, ce qui limite encore plus les chances de réussite), ça signifie que le Freelance ne se rémunère que sur un quart de son temps de travail de production en moyenne. Intenable.
30. Le dimanche 21 novembre 2010 à 02h56, par bruno bichet
Salut Laurent,
J’ai toujours été à la fois épaté et envieux de ceux qui étaient capables de présenter deux ou trois propositions, jusqu’au jour où je me suis aperçu que la plupart du temps, c’était un jeu de dupe et qu’il valait mieux utiliser le temps dont on dispose pour mieux cerner les besoins du clients en mettant plus d’étapes en ce qui concerne la validation et ne proposer in fine qu’une seule proposition qui colle au plus près des attentes et aux besoins du client.
D’ailleurs, le plus dur, généralement, c’est de lui faire comprendre que ces attentes peuvent entrer en conflit avec ses besoins et qu’il se tire une balle dans le pied s’il persiste à prendre ses vessies à lui pour les lanternes des autres ;)
En général, je ressors de chez le client avec une idée assez précise de l’endroit où je vais creuser, même si je prends d’autres directions en cours de route. Passé un temps, j’avais l’habitude de répondre que si le client voulait une deuxième proposition graphique, il devait verser un deuxième acompte de 30% ^^
31. Le dimanche 21 novembre 2010 à 10h56, par Laurent DEMONTIERS
@bruno bichet > 100% d’accord. Ce qui fait la qualité d’une prestation graphique, ce n’est pas le nombre de propositions livrées, mais bien la correspondance entre les besoins réels de l’annonceur et la livraison. J’aurai même tendance à dire que plus on produit de propositions différentes, plus on se discrédite au yeux de l’annonceur. Il faut investir un maximum de temps dans la phase de brief et dans la compréhension des besoins du client.
Tu as raison, il y aurait beaucoup à dire aussi sur la façon dont les annonceurs abordent le design, et il m’arrive aussi de passer beaucoup de temps à faire comprendre à un annonceur que « ses attentes peuvent entrer en conflit avec ses besoins et qu’il se tire une balle dans le pied s’il persiste… »
C’est un peu le drame de notre profession : Les annonceurs ne s’impliquent pas assez dans l’expression réelle du FOND de leur besoins et trop dans leur FORME.
32. Le dimanche 21 novembre 2010 à 12h21, par NiKo
Très bon billet, le constat est bon même si un peu désespérant.
Personnellement, j’ai du me résoudre à adopter la seule solution valable à mes yeux pour garder un semblant de dignité professionnelle : savoir choisir ses clients. Mais un bon client, c’est quoi me direz-vous ? De mon point de vue, c’est quelqu’un qui SOIT est capable de déléguer l’expertise là où elle est de lui faire confiance, SOIT d’être à l’écoute de cette expertise pour essayer de comprendre comment la mettre à l’œuvre d’une façon efficace et respectueuse de son corps de métier, de ses valeurs, de sa vision (après tout, on ne solicite pas une expertise si l’on est expert soit-même, où si l’on doute de l’expertise en question).
Dans les deux cas, c’est un client qui sait lâcher-prise, et en me basant sur mon expérience personnelle, c’est extrêmement rare. Et si l’une de ces deux conditions n’est pas réunie, j’ai personnellement tendance à refuser la collaboration (pardon, la « prestation »), où à tout le moins à rediriger le besoin vers d’autres prestataires plus aptes à accepter de travailler dans un mode de collaboration dégradé tel que tu le décris dans ton billet.
J’ai par ailleurs écris, dans un autre registre qui rejoint néanmoins la présente problématique, mon coup de gueule sur le sujet : http://n1k.li/choix
33. Le lundi 22 novembre 2010 à 16h43, par Delphine
Bravo pour ce nouvel article.
Toujours aussi pertinent, j’adore comment tu dépeins ce que nous vivons au quotidien.
34. Le mardi 21 décembre 2010 à 13h57, par Thegrom
Les commentaires étant assez long, je n’ai pas tout lu, mais pour moi l’aveu le plus éloquent est le nom unanimement donne par les professionnels du graphisme a ces voies alternatives : des voies « repoussoirs ». Tout est dit…
35. Le jeudi 13 janvier 2011 à 00h11, par John
Très bon article qui me parle complètement.
36. Le mardi 18 janvier 2011 à 18h04, par gibus688
Salut, je voulais juste indiquer que nous appliquons la méthode de donner une piste par graphiste en interne depuis quelques temps et je confirme que les résultats se font ressentir très vite. On a remporté plusieurs appels d’offre d’affilé et ce qui est sorti de nos échanges était nettement au-dessus en terme de qualité.
37. Le mardi 18 janvier 2011 à 18h57, par Laurent DEMONTIERS
@ NiKo > 100% d’accord: Un bon client est un client qui accepte de faire confiance à ses prestataires. Le problème pour les clients c’est qu’il y a aussi de mauvais prestataires, alors c’est certainement difficile d’espérer avoir immédiatement la confiance des clients :-) il faut du temps pour établir une relation de confiance.
@Delphine, Thegrom et John > merci pour vos commentaires
@gibus688 > merci pour ce retour d’expérience. Depuis la publication de cet article j’ai eu plusieurs retours dans ce sens. Je suis heureux d’avoir contribué à l’amélioration des processus de conception de quelques-uns:-) Finalement, c’est peut-être en s’attachant à ce genre de détails qu’on améliore la qualité générale de sa production.
38. Le samedi 22 janvier 2011 à 00h56, par Thibaut
Hum… Proposer plusieurs pistes a un gros avantage face à client final de type entrepreneur : cela met le client dans la position de choisir, de prendre une décision, plutôt que de se turlupiner l’esprit sur une proposition unique. ^^
Au delà de ça, tout dépends du projet. Si la cohérence globale est une affaire assez lourde, c’est évident que proposer plusieurs pistes n’est pas nécessairement bon. Si on peut décliner plusieurs pistes cohérentes rapidement c’est autre chose.
Dans l’idéal laisser le client choisir doit intervenir avant d’avoir finalisé les pistes, par exemple après graphisme de la page d’accueil + définition d’un zoning global, et pas après avoir fait les 16 pages types du site. Sinon bonjour la perte de temps.
Et évidemment, tout cela se facture en conséquence !
39. Le jeudi 17 mars 2011 à 13h30, par Shill
Bonjour , je pense que je doit nourrir ce genre de fantasme pour les agences et prendre rendez vous d’urgence avec mon Psy car étant graphiste je réalise toujours 2 à 3 versions d’une idée … instinctivement … je me force à recommencer de zero … et je produit à contre pied pour au final rendre des versions multiples sur un projet.
Conclusion : soit je suis maso : ) soit je suis schyzo ou alors je manque de confiance en moi et je tente de masquer mon incompétence qui ne me permet pas de lever des les premiers layout le design parfait :p
Voir les 4 combinés :) et la j’ai peur mais merci pour ton articles instructif ;P
Nb : aussi loin que je me souvienne ce comportement doit venir du fait qu’ après un brainstorming chargé je revenais présenter à mon chef de projet Le layout final ou j’y avais mis toute ma passion / motivation / mon ame et qu’en retour j’avais droit à : AH ouais c’est pas mal … quoi d’autre … ! et la complètement déstabilisé je ne pouvais que me rendre à l’évidence … 1 seule proposition c’est trop risqué pour ma santé mentale :P) CQFD
40. Le samedi 11 juin 2011 à 21h57, par bill
Bonjour,
très interessant, toutefois, il m’est deja arrivé de produire 2 ou 3 pistes graphiques, où pour la première je ne savais pas comment transmettre ce que je voulais, puis en commençant la deuxième ou troisième, savoir vraiment comment aborder l’axe graphique.
Je pense que pour un même sujet, comme un photographe, on peut le voir sous plusieurs angles, sous pour autant trouver le bon du premier coup (même un bon photographe multiplie les clichés pour finalement sortir une seule image réussie)
Bien sûr ceci n’est pas valable tout le temps.
Donc je suis complétement d’accord avec cet article, mais avec qqs réserves toutefois !
merci
41. Le jeudi 8 septembre 2011 à 12h18, par Miio
Je viens de tomber sur ton article si longtemps après sa rédaction et je dois dire que je suis totalement en désaccord avec toi.
Dire qu’on ne peut produire qu’une piste ergonomique et créative par demande, revient à dire qu’il n’y aurait qu’une solution à chaque problème.
Or tu affirmes par ailleurs que ce n’est pas le cas puisque plusieurs graphistes peuvent produire plusieurs pistes.
Donc tu affirmes en fait, qu’un graphiste est forcément trop étroit d’esprit pour remettre en question une ergonomie et et un design et proposer d’autres options, d’autres solutions au problème posé. Cela me semble être plus un manque de professionnalisme qu’autre chose.
Ques certains projets, de part leurs contraintes techniques, n’offrent qu’une piste ergonomique vraiment efficace et pertinente, cela arrive. Mais une variété de design est toujours possible, même autour d’une structure identique. A mon sens, un graphiste incapable de repartir « à zéro » entre 2 pistes, incapable de se décaler pour avoir un autre point de vue (métaphore du photographe exprimée plus haut) est un graphiste qui a besoin de revoir sa technique de création.
Attention, je ne dis pas qu’il faut proposer 6, 10, 20 propositions pour 1 projet. Mais 2 ou 3 me semble réalisable et même salutaire pour être sûr d’avoir exploité toutes les voies et d’avoir bien ouvert son esprit. Il m’est arrivé de ne proposer qu’un choix à un client : c’était à cause d’un budget insuffisant. Je l’avais prévenu que compte-tenu du budget alloué, je ne pourrais passer du temps à imaginer différentes options… mais en aucun cas par manque d’idée de ma part.
42. Le jeudi 8 septembre 2011 à 14h22, par Laurent DEMONTIERS
Bonjour Miio, et merci pour ton point de vue.
Pour préciser mon propos, je ne dis pas « qu’un graphiste ne peut produire qu’une piste graphique par projet », et d’une manière générale mon propos n’est pas de dénigrer les graphistes. Il ne faut ni te sentir visé (on ne se connait pas) ni dénigré (encore une fois je ne dénigre pas les graphistes et leur capacités créatives. Relis l’article pour en être convaincu).
Merci ne ne pas me prêter des propos que je ne tiens pas. Je n’ai jamais « affirmer qu’un graphiste est forcément trop étroit d’esprit pour [...] proposer [...] d’autres solutions ». Merci également ne ne pas remettre en cause mon professionnalisme uniquement parce que tu n’es pas d’accord avec moi. Le professionnalisme n’a rien à voir là-dedans.
Je dis juste que lorsqu’un graphiste produit plusieurs pistes pour un même projet, il y aura forcement parmi ces différentes propositions des pistes graphiques qui seront meilleures que d’autres. Ça me semble une démarche plutôt qualitative s’il y à 3 propositions graphiques à produire pour un appel d’offre de les faire produire par 3 graphistes différents pour obtenir le meilleur de chacun d’entre eux, et aux final 3 propositions de qualités.
Si de ton coté tu souhaites continuer à produire seul des propositions multiples de qualités inégales vas-y.
Pour ce qui me concerne, la prochaine fois que je sous-traiterai les propositions graphiques multiples que mes clients me demandent, je sais qu’il ne faudra surtout pas que je t’appelle pour ne pas te froisser. Merci du tuyau, et désolé de t’avoir offusqué.
43. Le dimanche 4 décembre 2011 à 22h16, par pinaudnico
Super article. Entièrement d’accord, je suis graphiste depuis 13 ans et je propose une seule piste à la fois; Néanmoins j’ai le droit de me tromper et je rectifie le projet en fonction des réactions du client. Le client n choisi pas, il oriente.
Encore merci pour cet exposé top clair d ela situation !