Quelques audits de sites municipaux
Je participe actuellement à un appel d’offres lancé par une municipalité de ma région pour réaliser la refonte ergonomique et graphique de son site. Voilà qui justifie la rédaction d’un mini Benchmark des sites du secteur, et puisse qu’un blog sert à partager ses expériences j’annonce la publication prochaine sur ce blog d’une série d’audits de sites municipaux. Je devrais publier ces audits dans les 15 jours ou trois semaines à venir au gré des réponses que j’aurais récoltées auprès des municipalités contactées. Les villes concernées sont listées à la fin de l’article.
C’est une grande fierté pour moi d’être reconnu comme un prestataire compétent par un institutionnel local. Je ne fais absolument aucune prospection dans ma région et tous mes clients se trouvent en région parisienne, alors je vis cette reconnaissance locale inattendue comme un signe très positif. Je suis aussi très enthousiaste à l’idée de participer activement à l’amélioration du paysage numérique local. Il y a beaucoup à faire… alors ok, on va le faire !
Travailler pour une municipalité ?
Travailler avec le public n’est jamais simple. Le code des marchés est assez dirigiste et les procédures (même adaptées) qu’il impose vous empêchent généralement d’utiliser vos canevas de propales habituelles. Je ne parle pas non plus des contraintes juridiques, procédurales, des pénalités de retard, et de toutes ces joyeusetés qui font qu’on gagne en général peu d’argent en travaillant pour le public. Ça tombe bien, les municipalités ont rarement suffisamment de budget pour répondre à la réalité de leurs besoins. Voyez comme la nature est bien faite !
Comment expliquer à ceux qui n’ont jamais conçu de sites publics ce que ça implique ? J’ai presque envie de dire que de concevoir des sites pour le public et pour le privé sont deux métiers différents. Du reste, la plupart des prestataires qui travaillent régulièrement pour le public sont obligés de développer une offre de services adaptée à ce secteur. Je ne m’étends pas là-dessus ça n’est pas le propos de l’article. Pour moi il y a surtout le plaisir de travailler au service du citoyen. Honnêtement, rien que ça, ça justifie les efforts et l’engagement.
Particularités des sites publics
Ne demandez jamais à un graphiste ce qu’il pense du site de votre ville, il vous dégoûtera d’y vivre. Oui, les sites des municipalités sont généralement perçus comme des bouses graphiques conçues au XIXe siècle. Soyons pragmatiques : si ce cliché est tenace, c’est qu’il traduit une réalité certaine. Ça passe toujours mieux quand c’est dit avec diplomatie non ?
Maintenant il faut aussi considérer les choses dans leur contexte : les municipalités couvrent un spectre d’actions beaucoup plus large et diversifié que les entreprises. Elles doivent aussi jongler avec des objectifs aussi nombreux qu’antagonistes. Les sites municipaux présentent aussi des contenus nombreux et de natures multiples. C’est bien simple, la schizophrénie est une qualité indispensable pour réussir sa carrière de dircom dans le public.
Autre particularité, et pas des moindres : la loi impose aux sites publics le respect de normes d’accessibilité encore trop considérées comme peu rentables par la majorité des agences. Ça n’est sûrement plus le cas aujourd’hui, mais il y a encore six ou sept ans les prestataires réellement capables de produire des sites accessibles et positionnées sur cette niche de conception se comptaient sur les doigts de la main. Même si les choses ont évolué c’est encore difficile pour les établissements publics de trouver des prestataires réellement compétents dans ce domaine. Encore aujourd’hui, tous les prestataires ne peuvent produire des sites accessibles au niveau AAA, et peu de villes peuvent s’offrir ce type de prestations.
Principales caractéristiques des sites municipaux
Les sites municipaux ont généralement énormément de contenus à présenter, et des contenus de natures variées. Tous sont confrontés à la même problématique : il faut présenter les 70 rubriques du site (je n’exagère pas) tout en limitant le nombre de niveaux dans la navigation. Ça demande un gros travail architectural, il faut hiérarchiser les contenus et équilibrés le « poids » de chaque rubrique. Il y a aussi un gros travail sémiotique et de wording à abattre pour concevoir le système de navigation le plus utilisable possible.
Soyons clairs, le véritable enjeu de conception des sites municipaux est ergonomique. C’est généralement le soin apporté à la conception de l’architecture de l’information qui fera la vraie plus-value du site, pas son design. N’en déplaise à la communauté des graphistes.
Des référentiels
Rapidement, on peut d’abord citer l’incontournable « Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations » (RGAA) introduit par la loi pour l’égalité des droits et des chances de 2005. Une véritable avancée démocratique. Sa lecture est un passage obligé pour tous ceux qui veulent travailler avec le public et pour tous les responsables de sites publics.
L’état publie aussi une « charte ergonomique des sites internet publics ». Elle a pour objet de définir un ensemble de règles ergonomiques communes aux interfaces des sites Internet publics et s’inscrit dans le respect des standards du W3C et des principes des référentiels généraux d’interopérabilité (RGI), d’accessibilité (RGAA) et de sécurité (RGS).
Il existe aussi un guide d’auto-évaluation pour les responsables publics qui souhaiteraient évaluer la conformité de leur site avec la charte.
Je citerai aussi le référentiel Opquast réalisé par la société Temesis, et son outil de reporting. Ce sont des initiatives évidemment privées, mais qui restent des références en la matière.
Dans un domaine connexe, l’accessibilité, le référentiel incontournable en France reste AccessiWeb.
Notez aussi que Google annonçait sur son blog en février 2011 la prochaine mise en place d’un « site clinic » pour améliorer la visibilité des sites publics français :
Je cite : « dans le cadre de la démarche initiée par la Direction générale de la modernisation de l’Etat pour améliorer la relation numérique à l’usager, Google va réaliser un site clinic de plusieurs sites de l’administration française afin de fournir une série de conseils d’optimisation permettant d’enrichir l’information accessible aux citoyens et d’en améliorer la visibilité dans les moteurs de recherche. Cet exercice à but pédagogique donnera lieu à un ensemble de recommandations techniques et éditoriales, disponibles dans leur intégralité pour le public. (…) Depuis les conseils aux créateurs d’entreprises jusqu’aux formalités d’obtention d’un permis de conduire, l’objectif est d’aider le public à découvrir plus facilement les informations fournies par l’administration française. »
Heureusement que Google et là pour sauver l’État français (ironie inside). Je n’ai pas suivi cette histoire. Si quelqu’un a des nouvelles de ce projet je l’invite à les partager dans les commentaires de cet article.
Moins anecdotique, on peut aussi parler d’initiatives locales intéressantes comme la charte qualité et accessibilité de la région Aquitaine. Il me semble que cette charte a d’ailleurs été conçue avec l’aide de Temesis.
J’attends toujours le moment où ma région s’engagera dans des démarches de ce genre pour améliorer la qualité du parc numérique local. Puisse une oreille attentive entendre ce message.
Pour finir, il y a aussi le « Label villes-internet » dont le référentiel qualité, sans avoir trop creusé la question, me semble peut-être un peu moins crédible que ceux précédemment cités, mais il a au moins le mérite d’exister.
Liste des villes à auditer
La liste des sites de villes que je vais auditer n’est pas définitive. Je compte en choisir une petite dizaine. J’ai visité le site d’une centaine de villes françaises, et je décide de ne m’arrêter sur des sites que j’estime d’une qualité suffisante. Il faut que ça me serve aussi dans mon travail.
Parmi les sites municipaux qui ont retenu mon attention parce que plutôt au-dessus du lot, et que j’ai donc contacté, il y a :
- http://www.paris.fr
- http://www.charleville-mezieres.fr
- http://www.blois.fr
- http://www.chartres.fr
- http://www.dijon.fr
- http://www.ville-limoges.fr
- http://www.grenoble.fr
- http://www.valence.fr
- http://www.nimes.fr
- http://www.montdemarsan.fr
- http://www.mairie-perpignan.fr
- http://ville-saint-denis.fr
Voyez, je me concentre sur les villes françaises. Saint-Denis, Grenoble et Dijon ont répondu immédiatement. Elles seront probablement les trois premières auditées.
Sinon pour ceux qui voudraient voir plus loin, aller faire un tour sur :
- Le site de la Ville de Luxembourg qui présente une navigation soignée.
- Le site de Toronto, attention c’est une opération de comm’ territoriale qui ne convient pas à tous les Cahiers des charges.
- Le site de la ville de Philadelphie réalisé par Happy Cog la boite de Jeffrey Zeldman.
Si de votre côté vous avait en tête des sites de municipalités auxquelles vous reconnaissait des qualités ergonomiques et graphique, n’hésitez pas à les lister dans les commentaires.
1. Le vendredi 16 septembre 2011 à 11h41, par Rémy
Pour l’avoir pratiqué une dizaine, d’année, oui ce secteur est complexe mais très intéressant.
c’est un secteur précurseur dans l’accessibilité (puisque légalement obligatoire)
j’ai hâte de lire tes audit sur ce sujet …
Une des dernière référence sur laquelle j’avais travaillé (il y a plus d’un an donc) :
http://www.ivry94.fr
2. Le samedi 17 septembre 2011 à 14h27, par STPo
Cool, ce blog revit !
Tiens moi ces dernières années j’ai bossé sur :
- http://www.ville-levallois.fr/
- http://www.brest.fr/
Si ça te dit d’aller jeter un œil…
3. Le mardi 25 octobre 2011 à 17h09, par fraktale
le site de la ville de pantin est bien fait ergonomiquement : http://www.ville-pantin.fr/
4. Le vendredi 30 mars 2012 à 22h08, par Tony
Les articles de blog les plus rare sont ceux qui présente des audits détaillés. J’ai hâte de consulter ces futurs articles. En plus, ça sera vraiment bénéfique à ces sites puisqu’il y aura peut-être des lecteurs qui constateront des problèmes supplémentaires.
5. Le vendredi 12 octobre 2012 à 15h23, par FiX
Je sais que l’article date de 2011, mais j’ai peut-être ma chance :
- Avez-vous pu réaliser les audits des sites précédemment cités, si OUI, où sont-ils ?
Pouvez-vous nous indiquer leur url ? Car je n’ai rien trouvé via votre moteur de recherches.
PS : Très bon blog ! J’adore.